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9. 3. Xour Et variant leurs formes assorties,
reau.

De ce grand Tout animer les parties.
Le Ciel reçut en son vaste contour
Les feux brillans de la nuit et du jour:
L'air moins subtil assembla les nuages,
Poussa les vents, excita les orages:
L'eau vagabonde en ses Alots inconstans
Mit à couvert ses muets habitans :
La Terre enfin, cette tendre nourrice,
De tous nos biens fage modératrice,
Inépuisable en principes féconds,
Fut arrondie, et tourna sur ses gonds,
Pour recevoir la céleste influence
De doux présens que son sein nous dispense.

Ainsi des Dieux le suprême vouloir
De l'Harmonie établit le pouvoir.
Elle éteignit par ce sublime exorde
Le régne obfcur de l'affreuse Discorde.
Mais cet essai de ses soins généreux
Eût été peu, fi fon empire heureux
N'eût consommé l'ouvrage de la Terre
Par le bonheur des Etres qu'elle enferre.
Aux mêmes loix elle les soumit tous.
Le foible Agneau ne craignit point les Loups,
Et sans péril il vit paître sur l'herbe
Le Tigre et l'Ours près du Lion superbe.
Entretenus par les mêmes accords,
Tous les Mortels ne formerent qu'un corps,
Vivifié par la force infinie
D'un même ésprit et d'un même genie,
Et dirigé par les mêmes concerts,
Dont la cadence anime l'Univers.
Par le secours de cette Intelligence,
Riches fans biens, pauvres fans indigence,
Ils vivoient tous également heureux,
Et la Nature étoit riche pour eux.
Toute la Terre étoit leur héritage;
L'égalité faisoit tout leur partage:
Chacun étoit et fon Juge et son Roi;

Et 1.3. Xour

Teau.

Et l'amitié, la candeur et là foi
Exerçoient leuls en ce tems d'innocence
Les droits sacrés de la Toute-puissance.
Tel fut le regne à la Terre si doux,
Que l'Harmonie exerça parmi nous.
Du vrai bonheur nous fâmes les symboles,
Tandis qu'exemt de passions frivoles,
Le Genre humain dans les fages plaisirs
Sçut contenir les modestes délirs.

Mais cependant la Discorde chassée,
Chez les Mortels furtivement glissée,
Comme un Serpent se cachoit sous les fleurs,
Et par l'esprit empoisonnoit les coeurs.
Chacun déja s' interrogeant soi-même,
De l'Univers epluchoit le système:
Comment s est fait tout ce que nous voyons?
Pourquoi ce ciel, ces astres, ces rayons?
Quelle vertu dans la terre enfermée
Produit ces biens dont on la voit semée?
Quelle chaleur fait mûrir ses moissons,
Et rajeunit ses arbres, fes buissons?
Mais ces Hivers, dont la triste froidure
Gerce nos fruits, jaunit notre verdure,
Que fervent-ils? Et que fervent ces jours
Tous inégaux, tantôt longs, tantôt courts?
Ah, que la Terre en feroit bien plus belle,
Si du Printems la douceur éternelle
Faisoit régner des jours toujours réglés!
Ainsi parloient ces Mortels aveuglés,
Qui pleins d'eux-mêmes, et sortant des limites
Par la Nature à leur Etre préscrites,
Osoient fonder, fpectateurs criminels,
La profondeur des secrets éternels.
Folle raison! lumiére deplorable,
Qui n'insinue à l'homme misérable
Que le mépris d'une simplicité
Si necessaire à sa felicité!
Par ce succès la Discorde amorcée
Conçut dès-lors l'orgucilleuse pensée

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A

7. B. Xoup D'exterminer l'Harmonie et les loix;
feau.

Et rasleinblant à fa fatale voix
Ces insensés prêts à lui rendre hommage,
Prit la parole, et leur tint ce langage:

Hé quoi, Mortels, c'est donc assez pour vous
De contenter vos appétits jaloux;
Et le bonheur des animaux sauvages
Sera le seul de tous vos avantages?
Car dans quel sens êtes-vous plus heureux?
Comme pour vous, le Monde est fait pour eux.
Mêmes désirs, mêmes soins vous inspirent;
Vous respirez le même air qu'ils respirent;
L'Astre du jour comme vous les chérit,
Et comme vous la Terre les nourrit.
Repondez-donc! Quel bien, quelle opulence
De votre rang peut fonder l'excellence?
Notre raison, direz-vous. J'en conviens.
C'est le plus grand, le plus doux de vos biens.
Mais ce trésor, cette fiâme sacrée,
Quelle lumière en avez-vous tirée?
L'invention de quelques arts dietés
Par l'embarras de vos nécessités.
La faim cruelle inventa la culture
Des champs marqués pour votre nourriture.
Vous ne devez qu'aux rigueurs des saisons
L'art d'éléver vos paisibles maisons;
Et le besoin d'un commerce facile
A rendu l'onde à vos rames docile.
Votre raison ne vous a rien appris,
Qu'à captiver l'essor de vos esprits;
A regarder cet Univers sensible
Comme l'objet d'une étude impossible;
Ou tout au plus en voyant ses attraits,
A respecter les Dieux qui les ont faits.
Mais si ces Dieux, auteurs de tant de choles,
Avoient voulu vous en cacher les causes,
Vous auroient-ils inspiré ces élans,
Ce feu divin, ces désirs vigilans,

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Et cette ardeur d'apprendre et de connoître,

9.B. Xouf Qui constitue et distingue votre être?

reau.
Souffrez qu'enfin vos yeux foient desfillés,
Et servez-vous des feux dont vous brillez.
Pour seconder en vous un si beau zèle,
J'amene ici ina Compagne fidéle :
Morosophie est son titre adopté,
Et son vrai noin, la Curiosité.
Recevez-la. Sa lumière divine
Vous apprendra votre vrai origine.
Vous connoitrez le principe et la fin
De toutes choses; et vous serez enfin,
En lui rendant vos soins et votre hommage,
Pareils aux Dieux dont vous êtes l'image.

A ce discours, qui charme les Humains,
Tout applaudit de la voix et des mains.
Morosophie en tous lieux approuvée,
Et sur un trône en public élevée,
Diete de-là ses oracles menteurs,
Ses argumens, ses secrets impofteurs:
Et dans le monde inondé d'aphorismes,
De questions, de doutes, de fophismes,
A la Sagesse on vit en un clin d'oeil
Substituer la Folie et l'Orgueil.
Mais pour servir sa perfide maîtresse,
Le grand secret de la trompeuse addresle
Fut de remplir les hommes divisés
De sentimens l'un à l'autre oppofés;
D'embarasser leurs esprits téméraires
D'opinions et de dogmes contraites;
Et d'anoblir du nom de verités
Ce fol amas de contrariétés.
De cette mer agitée, incertaine,
Sortit alors la Dispute hautaine,
Les yeux ardens, le visage enflammé,
Et le regard de colère allumé:
Monstre hargneux, superbe, acariâtre,
Qui de foi-même orateur idolâtre,
Combat toujours, ne recule jamais,
Et dont les cris épouvantent la Paix.

D'elle

R 3

>

3. B. Xours D'elle bientôt naquirent les scandales
reau.

Les factions, les brigues, les cabales.
A fon erreur chacun assujetti,
Ne fongea plus qu'à former fon parti,
Pour s'appuyer de la foule et du zèle
Des défenseurs de fa secte nouvelle;
Et les mortels sous divers concurrens
Suivirent tous des drapeaux différens.
En cet état il n'étoit plus possible
Que cette race orgueilleuse, inflexible,
Vécût long-tems fous une même loi.
Ainsi chacun ne songeant plus qu'à soi,
On eut besoin, pour prévenir les guerres,
De recourir au partage des terres ;
Et d'un seul peuple on vit dans l'Univers
Naître en un jour mille peuples divers.

Ce fut ainsi que la folle sagesse,
Chez les Humains souveraine maitresse,
Les séparant d'interêts et de biens,
De l'amitié rompit tous les liens.
Mais des trésors dont la Terre est chargée,
La jouissance avec eux partagée
Leur fit sentir mille besoins affreux.
Il fallut donc qu'ils convinsent entr'eux
D'un bien commun, dont l'utile mélange
Des autres bien facilitât l'échange;
Et l'or, jadis sous la terre caché,
L'or, de ses flancs par leurs mains détaché,
Fut par leur choix, et leur commun suffrage,
Destiné seul à ce commode usage.
Mais avec lui sortit du même sein
De tous nos maux le véritable essain.
L'insatiable et honteuse Avarice,
Du Genre humain pâle dominatrice,
Chez lui reçûe avec tous ses enfans,
Rendit par-tout les vices triomphans.
Sous l'étendart de cette Reine impure
Les trahisons, le larcin, le parjure,
Le meurtre même, et le fer, et le feu,
Tout fut permis, tout ne devint qu'un jeu.

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