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P

L'Intérêt feul fut le Dieu de la Terre:
Il fit la paix, il déclara la guerre;
Pour fe détruire arma tous les mortels,
Et des Dieux même attaqua les autels.
Pour mieux encore établir fon Empire,
Morofophie inventa l'art d'écrire,
Des longs procès inftrument éternel,
Et du Menfonge organe criminel,
Par qui la Fraude, en preftiges fertile,
Seme en tous lieux fa doctrine fubtile,
Et chez le Peuple, ami de nouveautés,
Change en erreur toutes les verités.
Mille autres arts encore plus déteftables
Furent le fruit de fes foins rédoutables;
Et d'eux naquit à fes ordres foumis
Le plus mortel de tous nos ennemis,
Le Luxe, ami de l'oifive molleffe,
Qui parmi nous fignalant sa fouplesse,
Introduifit par cent divers canaux
La pauvreté, le plus dur de nos maux.
Ainfi l'aimable et divine Harmonie
De tous les coeurs par dégrés fut bannie:
Mais en partant pour remonter aux Cieux
Elle voulut, dans fes derniers adieux,
De fa bonté pour la race mortelle
Laiffer encore une marque nouvelle.

Si vos efprits étoient moins prévenus,
Et fi vos maux vous étoient mieux connus,
J'aurois, dit-elle, encor quelque éspérance
De réuffir à votre délivrance.
Mais la Difcorde, éblouiffant vos yeux,
Vous a rendu fon joug trop précieux,
Pour me flatter, que vos clartés premières
Puiffent renaître à mes foibles lumières,
Et préfumer qu'une feconde fois
L'affreux Chaos fe débrouille à ma voix,
Pour être heureux vous reçutes la vie,
Et ce bonheur fit ma plus chere envie.

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J.B. Rous feau.

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J.B. Rouf Aux Immortels j'ofai ravir pour vous
feau.
Ce feu du Ciel, dont ils font fi jaloux,
Cette raison, dont la fplendeur divine
Vous fait fentir votre vraie origine.
Qu'avez-vous fait d'un partage fi doux?
C'eft elle, hélas! qui vous a perdu tous.
Par votre orgueil corrompue, alterée,
Dans votre coeur elle a donné l'entrée
Aux vanités, aux folles vifions,
Germe éternel de vos divifions;
Et s'échappant du cercle des idées
A vos befoins par les Dieux accordées,
Elle a porté fes regards élevés
Jusqu'aux fecrets pour eux feuls refervés.
Funefte effor, malheureufe chimere,
Qui vous ravale au-deffous de la sphere
Des animaux les plus défectueux:
D'autant plus vils, que plus présomptueux.
Vous ne fuivez, au lieu de la Nature,
Qu'une ombre vaine, une faufle peinture;
Et qu'à vos yeux trompés par cet écueil,
Votre mifére eft un fujet d'orgueil.
Adieu. Je pars, de vos coeurs exilée
Et fans éfpoir de m'y voir rappellée,
Mais ma pitié ne peut vous voir périr;
Et fi mes foins n'ont pû vous fecourir,
Si mon pouvoir fur tout ce qui respire
N'a pu fur vous conferver fon empire,
Pour vous du moins j'entrétiendrai toujours
L'ordre conftant et l'immuable cours,
Qu'à l'Univers, en lui donnant naissance,
Sçut impofer ma fuprême puiffance.
Vous jouirez toujours par més bienfaits
De tous les dons que le Ciel vous a faits;
Et cette Terre, à vos voeux fi facile,
Sera pour vous un éternel azile,
Jusqu'au moment prévû par vos Ayeux,
Qui confondra la Terre avec les Cieux,
Lorsque la flâme en ravages féconde,
Viendra fapper les murailles du Monde,

Pour

Pour reproduire en fes vaftes tombeaux
De nouveaux Cieux et des Hommes nouveaux.

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J.B. Rouf seau.

,

Voltaire.

Voltaire.

(Man erråth bald, daß Makare in folgender Allegorie die Glückseligkeit und Theleme den Willen, oder die Bez gierde bedeute. Ihr Hauptzweck läuft auf das so wahre: Bene qui latuit, bene vixit! beim Horaz hinaus.)

THELEME ET MACARE,

Thélème eft vive, elle est brillante,
Mais elle est bien impatiente;
Son oeil est toujours éblouï,
Et fon coeur toujours la tourmente.
Elle aimait un gros réjouï
D'une humeur toute différente.
Sur fon vifage épanouï
Eft la férénité touchante;
Il écarte à la fois l'ennui,
Et la vivacité bruyante.
Rien n'eft plus doux que fon fommeil,
Rien n'eft plus beau que fon réveil;
Le long du jour il vous enchante.
Macare eft le nom qu'il portait.
Sa maitreffe inconfidérée

Par trop de foins le tourmentait;
Elle voulait être adorée.
En reproches elle éclata:
Macare en riant la quitta,
Et la laiffa deféspérée.
Elle courut etourdiment
Chercher de contrée en contrée
Son infidèle et cher amant,
N'en pouvant vivre feparée.

Elle va d'abord à la cour.
Auriez-vous vû mon cher amour?
N'avez-vous point chez vous Macare?
Tous les railleurs de ce féjour

Sou

1

Sourirent à ce nom bizare.
Comment ce Macare eft-il fait?
Où l'avez-vous perdu, ma bonne?
Faites-nous un peu fon portrait,
Ce Macare qui m'abandonne,
Dit-elle, eft un homme parfait,
Qui n'a jamais haï perfonne,
Qui de perfonne n'eft haï,
Qui de bon fens toujours raifonne,
Et qui n eut jamais de fouci.
A tout le monde il a fçu plaire,

On lui dit: Ce n'eft pas ici
Que vous trouverez vôtre affaire,
Et les gens de ce caractère,
Ne vont pas dans ce pays-ci.

Thélème marcha vers la ville.
D'abord elle trouve un couvent,
Et penfe dans ce lieu tranquille
Rencontrer fon tranquille amant,
Le fous-prieur lui dit, Madame,
Nous avons long-tems attendu
Ce bel objet de votre flamme,
Et nous ne l'avons jamais vû.
Mais nous avons en récompenfe
Des vigiles, du tems perdu,
Et la difcorde, et l'abstinence.
Lors un petit moine tondu
Dit à la dame vagabonde;
Ceffez de courir à la ronde
Après votre amant échapé;
Car fi l'on ne m'a pas trompé,
Ce bon homme eft dans l'autre monde.

A ce difcours impertinent
Thélème fe mit en colère:
Apprenez, dit-elle, mon frère,
Que celui qui fait mon tourment
Eft né pour moi, quoi qu'on en dife;

Voltaire.

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