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[Jésus-Christ enseigne vivant, mort, enseveli, ressuscité.]

Jésus-Christ n'a point eu où se reposer sur la terre qu'au sépulcre.

Ses ennemis n'ont cessé de le travailler qu'au sépulcre.

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Le Mystère de Jésus". Jésus souffre. dans sa passion les tourments que

lui font les hommes ; mais dans l'agonie il souffre les tourments qu'il se donne à lui-même ; turbare semetipsum" ; c'est un supplice d'une main non humaine, mais toute-puissante, car il faut être tout-puissant pour le soutenir.

Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis et ils dorment; il les prie de soutenir un peu avec lui, et ils le laissent avec

1. (Qu'a.)

553 Cf. Faug., II, 338; Hav., XXV, 209, 112, 113, 114, 115; Mol., II, 27;

II, 44; 1, 98; I1, 29; I, 117; II, 32; Micu., 248. 2. Le Mystère de Jésus défie tout commentaire. Nulle part peutêtre n'éclate d'une façon plus profondément touchante le caractère unique et incomparable du christianisme : la concentration autour d'une personne réelle des sentiments les plus élevés et les plus universels qu'il y ait dans le cæur de l'homme, l'esprit de renoncement et l'esprit de charité.

3. (s'offre.)
4. (L'agonie, la.]

5. Jesus ergo, ut vidit eam plorantem, et Judæos, qui venerant cum ea, plorantes, infremuit spiritu, et turbavit seipsum (Joan., XI, 33).

6. Soutenir : traduction littérale de la Vulgate : Tristis est anima mea usque ad mortem : sustinete hic et vigilate mecum. Matth., XXVI, 38. — Mare, XIV, 34. .

une négligence entière, ayant si

peu

de compassion' qu'elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu.

Jésus est seul dans la terre, non seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui la sache : le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance.

Jésus est dans un jardin, non de délices comme le premier Adam, où il se perdit et tout le genre humain, mais dans un de supplices, où il s'est sauvé et tout le genre humain.

Il souffre cette peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit. Je crois

que

Jésus ne s'est jamais plaint que cette seule fois ; mais alors il se plaint comme s'il n'eût plus pu contenir sa douleur excessive : Mon âme est triste jusqu'à la mort.

Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble“. Mais il n'en reçoit point, car ses disciples dorment.

Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde ; il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.

Jésus au milieu de ce délaissement universel et de ses amis choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant, s'en fâche à cause du péril où ils exposent,

3

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1. (Qu'ils ne.)
2. (Assister.)
3. (Qu'.)
4. La fin du paragraphe en surcharge.
5. (Est.)

non lui, mais eux-mêmes, et les avertit de leur

propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude, et les avertit

que

l'esprit est prompt et la chair infirme'.

Jésus, les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur

repos ?.

Jésus prie dans l'incertitude de la volonté du Père, et craint la mort; mais, l'ayant connue, il va audevant s'offrir à elle : Eamus . Processit (Joannes)".

Jésus a prié les hommes, et n'en a pas été exaucé.

Jésus, pendant que ses disciples dormaient, a opéré leur salut. Il l'a fait à chacun des justes pendant qu'ils dormaient, et dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.

* Il ne prie qu'une fois que le calice passe et encore avec soumission, et deux fois qu'il vienne s'il le faut".

1. El venit ad discipulos suos : et invenit eos dormientes, et dicit Petro: Sic non potuistis una hora vigilare mecum? Vigilate, et orate ut non intretis in tentationem. Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma. Matth., XXVI, 40-41.

2. Et venit iterum, et invenit eos dormientes; erant enim oculi eorum gravati. Et relictis illis, iterum abiit, et oravit terti eumdem sermonem dicens. Matth., XXVI, 43-44.

3. Surgite, eamus : ecce appropinquavit qui me tradet. Matth., XXVI, 46.

4. XVIII, 2: Jesus itaque sciens omnia, quæ ventura erant super eum processit, et dixit eis : Quam quæritis.

5. (Dans saint Mathieu.] 6. Encore en surcharge.

7. Pater mi, si possibile est, transcal a me calix iste, verumtamen non sicut ego volo, sed sicut tu. Matth., XXVI, 39. — Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam illum, fiat voluntas tua (ibid., 42, cf. 64).

1

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Jésus dans l'ennui.

*Jésus, voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilants, se remet tout entier à son Père.

Jésus ne regarde pas dans Judas son inimitié, mais l'ordre de Dieu qu'il aime, et l'avoue, puisqu'il l'appelle ami?

Jésus s'arrache d'avec ses disciples pour entrer dans l'agonie ; il faut s'arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l'imiter.

Jésus étant dans l'agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps *.

Nous implorons la miséricorde de Dieu, afin qu'il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu'il nous en délivre".

Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh! qu'il leur faudrait obéir de bon cœur! La nécessité et les événements en sont infailliblement.

non

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6

1. Les deux paragraphes suivants en surcharge. 2. (Sa malice.) 3. Dixitque illi Jesus : Amice, ad quid venisti ? Matth., XXVI, 50.

4. La suite à la page 89 du manuscrit. El factus in agonia, prolirius orabat. Luc, XXII, 43.

5. Cette réflexion, et la suivante qui, dans le manuscrit, se trouvent ainsi au milieu du Mystère de Jésus, ne semblent pourtant pas en faire partie intégrante ; peut-être étaient-elles déjà écrites au haut de la page 89, lorsque Pascal y écrivit la suite de ses méditations sur le mystère, ou bien ce seraient deux maximes, suggérées à Pascal par le mystère qu'il médite, et qu'il note en passant pour s'en faire l'application à lui-même.

6. La Prière pour demunder à Dieu le bon usage des maladies débute par ces mots : « Seigneur, dont l'esprit est si bon et si doux en toutes choses, et qui êtes tellement miséricordieux que non seulement les prospérités, mais les disgraces mêmes qui arrivent à vos élus sont les effets de votre miséricorde. » Cf. Lettre à Mlle de Roannez (III, autrefois 5): « L'essence du péché consistant à avoir une volonté

28.

:

II

Console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé'.

Je pensais à toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de sang pour toi.

C'est me tenter plus que t'éprouver, que de penser si tu ferais bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive.

Laisse-toi conduire à mes règles, vois comme j'ai bien conduit la Vierge et les saints qui m'ont laissé agir en eux.

Le Père aime tout ce que je fais.

Veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes ?

C'est mon affaire que ta conversion : ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi.

Je te suis présent par ma parole dans l'Écriture, par mon esprit dans l'Église et par les inspirations, par ma puissance dans les prêtres, par ma prière dans les fidèles.

Les médecins ne te guériront pas car tu mourras à la fin. Mais c'est moi qui guéris et rends le

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corps immortel.

opposée à celle que nous connaissons en Dieu, il est visible, ce me semble, que, quand il nous découvre sa volonté par les événements, ce serait un péché de ne s'y pas accommoder. »

1. Cf. l’écrit sur la conversion du pécheur : «Il n'y a rien de plus aimable que Dieu.. et il ne peut être ôté qu'à ceux qui le rejettent, puisque c'est le posséder que de le désirer, et que le refuser c'est le perdre. »

2. « J'ai éprouvé la première, écrit à Pascal sa sæur Jacqueline au lendemain de la seconde conversion, que la santé dépend plus de Jésus-Christ que d'Hippocrate, et que le régime de l'ame guérit le corps si ce n'est que Dieu veuille nous éprouver et nous fortifier par nos infirmités. » (Leltre du 19 janvier 1655).

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