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51. Suite.-D'abord tout alla à merveille; je m'étonnais même du peu d'impression que me causait le froid, et je riais tout bas de tous les contes que j'en avais entendu faire ; j'étais, au reste, enchanté d'avoir cette occasion de m'acclimater. Cependant, après quelque temps, je crus remarquer que les personnes que je rencontrais, me regardaient avec une certaine inquiétude, mais cependant sans me rien dire.

Bientôt un monsieur, plus causeur, à ce qu'il paraît, que les autres, me dit en passant: Noss!' Comme je ne savais pas un mot de russe, je crus que ce n'était pas la peine de m'arrêter pour un monosyllabe, et je continuai mon chemin. Au coin de la rue des Pois, je rencontrai un cocher qui passait ve à terre en conduisant son traîneau ; mais si rapide que fût sa course, il se crut obligé de me parler à son tour, et me cria: • Noss, noss!' Enfin, en arrivant sur la place de l'Amirauté, je me trouvai en face d'un homme du peuple, qui ne me cria rien du tout, mais qui, ramassant une poignée de neige, se jeta sur moi, et avant que j'eusse pu me débarrasser de tout mon attirail, se mit à me débarbouiller la figure et à me frotter particulièrement le nez de toute sa force. Je trouvai la plaisanterie assez médiocre, surtout par le temps qu'il fasait, et tirant un de mes bras d'une de mes poches, je lui allongeai un coup de poing qui l'envoya rouler à dix pas.

52. Suite, Malheureusement ou heureusement pour moi, deux paysans passaient en ce moment, qui, après m'avoir regardé un instant, se jetèrent sur moi, et, malgré ma défense,me maintinrent les bras, tandis que cet enragé, auquel je venais de donner un coup și violent, ramassait une autre poignée de neige, et se précipitait de nouveau sur moi. Cette fois, profitant de l'impossibilité où j'étais de me défendre, il se mit à recommencer ses frictions. Mais, si j'avais les bras pris, j'avais la langue libre; croyant que j'étais la victime de quelque guet-à-pens, j'appelai de toute ma force au secours. Un officier accourut et me demanda en français à qui j'en avais.

• Comment! monsieur,' m'écriai-je en faisant un dernier effort et en me débarrassant de mes trois hommes, qui, de la manière la plus tranquille du monde, se remirent à continuer leur chemin ; vous ne voyez donc pas ce que ces drôles me faisaient ?' *Que vous faisaient-ils donc ?' Mais ils me frottaient la figure avec de la neige. Est-ce que vous trouveriez cela une plaisanterie ce bon goût, par hasard, avec le temps qu'il fait?'

Mais, monsieur, ils vous rendaient un énorme service,' me répondit mon interlocuteur.' • Comment cela ?' Sans doute, vous aviez le nez gelé.' Miséricorde !' m'écriai-je, en portant la main à la partie menacée.

53. Suite.—Monsieur,' dit un passant en s'adressant à l'officier, je vous préviens que votre nez gèle.' * Merci, monsieur,' dit l'officier comme si on l'eût prévenu de la chose la plus naturelle du monde, et, se baissant, il ramassa une poignée de neige, et se rendit à luimême le service que m'avait rendu le pauvre homme que j'avais si brutalement récompensé de son obligeance. • C'est à dire alors, monsieur, que sans cet homme • Vous n'auriez plus de nez,' continua l'officier, en se frottant le sien. Alors, monsieur, permettez ... Et je me mis à courir après mon homme, qui, croyant que je voulais achever de l'assommer, se mit à courir de son côté, de sorte que, comme la crainte est naturellement plus agile que la reconnaissance, je ne l'eusse probablement jamais rattrapé, si quelques personnes, en le voyant fuir et en me voyant le poursuivre, ne l'eussent pris pour un voleur, et ne lui eussent barré le chemin. Lorsque j'arrivai, je le trouvai parlant avec une grande volubilité, afin de faire comprendre qu'il n'était coupable que de trop de philanthropie; dix roubles que je lui donnai expliquèrent la chose. Le pauvre diable me baisa les mains, et un des assistants, qui parlait français, m'invita à faire désormais plus d'attention à mon nez. L'invitation était inutile; pendant tout le reste de ma course je ne le perdis pas de vue,

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54.-Les défauts des autres, si nous pouvions les regarder d'une vue tranquille et charitable, nous seraient des instructions plus utiles; nous en verrions bien mieux la difformité que des nôtres, dont l'amour-propre nous cache toujours une partie. Ils nous pourraient donner lieu de remarquer que les passions font d'ordinaire un effet tout contraire à celui que l'on prétend. On se met en colère pour se faire croire; et l'on est d'autant moins cru que l'on fait paraître plus de colère. On se pique de ce qu'on n'est pas aussi estimé qu'on croit le mériter; et on l'est d'autant moins qu'on cherche plus l'être. On s'offense de n'être pas aimé; et en le voulant être par force l'on attire encore plus l'aversion

55.-Ce n'est pas assez pour conserver la paix et arec soi-même et avec les autres de ne choquer personne, et de n’exiger de personne ni amitié, ni estime, ni confiance, ni gratitude, ni civilité; il faut encore avoir une patience à l'épreuve de toutes sortes d'humeurs et de caprices. Car, comme il est impossible de rendre tous ceux avec qui l'on vit justes, modérés et sans défauts, il faudrait désespérer de pouvoir conserver la tranquillité de son âme si on l'attachait à ce moyen.

Il faut donc s'attendre qu'en vivant avec des hommes on y trouvera des humeurs fâcheuses, des gens qui se mettront en colère sans sujet, qui prendront les choses de travers, qui raisonneront mal, qui auront un ascendant plein de fierté ou une complaisance basse et désagréable. Les uns seront trop passionnés, les autres trop froids. Les uns contrediront sans raison, d'autres ne pourront souffrir que l'on contredise en rien. Les uns seront envieux et malins ; d'autres insolents, pleins d'eux-mêmes et sans égards pour les autres. Quelle espérance de vivre en repos si tous ces défauts nous ébranlent, nous troublent et font sortir notre âme de son assiette.-Nicole.

des gens.

Nous pourrions voir aussi, avec étonnement, à quel point les mêmes passions aveuglent ceux qui en sont possédés; car les effets, qui sont sensibles aux autres, leur sont d'ordinaire inconnus. Et il arrive souvent que, se rendant odieux, incommodes et ridicules à tout le monde, ils sont les seuls qui ne s'en aperçoivent pas.

Enfin, il faut considérer qu'il est aussi ridicule de se mettre en colère pour les fautes et les bizarreries des autres que de s'offenser de ce qu'il fait mauvais temps, ou de ce qu'il fait trop froid ou trop chaud, parce que notre colère est aussi peu capable de corriger les hommes que de faire changer les saisons. Il y a même cela de plus déraisonnable en ce point, qu'en se mettant en colère contre les saisons on ne les rend ni plus ni moins incommodes, au lieu que l'aigreur que nous concevons contre les hommes les irrite contre nous, et rend leurs passions plus vives et plus agissantes.- Descartes.

56.—C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge: mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales, car il y a cette extrème différence, que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque; au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même-Pascal.

57.—Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, ou vous faites doubler les QuatreTemps et les Vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des étrennes, ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien : celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un reste de gigot de mouton; celui-ci, que l'on vous surprit une nuit en venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux, et que votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna dans l'obscurité je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise? on ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces : vous êtes la fable et la risée de tout le monde; et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-matthieu.—Molière.

58.-Arrias a tout lu, a tout vu; il veut le persuader ainsi ; c'est homme universel, et il se donne pour tel; il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On parle à table d'un grand d'une cour du Nord, il prend la parole et l'ôte à ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent; il s'oriente dans cette région lointaine comme s'il en était originaire; il discourt des meurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les

trouve plaisantes, et il en rit jusqu'à éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui ne sont pas vraies ; Arrias ne se trouble point, prend feu, au contraire, contre l'interrupteur : “Je n'avance,' lui dit-il, «je ne raconte rien que je ne sache d'original; je l'ai appris de Séthon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ne m'a caché aucune circonstance.' Il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commencée lorsqu'un des conviés lui dit: 'C'est Séthon lui-même à qui vous parlez, et qui arrive fraîchemnt de son ambassade.' -La Bruyère.

59.—Le roi arriva le jeudi au soir ; la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa ; il y eut quelques tables où le rôti manqua à cause de plusieurs

dîners auxquels l'on ne s'était pas attendu: cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois : "Je suis perdu d'honneur; voici un affront que je ne supporterai pas. Il dit à Gourville:

La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi; aidez-moi à donner des orders.' Gourville le soulagea en ce qu'il put. Le rôti, qui avait manqué non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui venait toujours à l'esprit. Gourville le dit à M. le prince. M. le prince alla jusque dans la chambre de Vatel, et lui dit: Vatel, tout va bien, rien n'était si beau que le souper du roi.' Il répondit: 'Monseigneur, votre bonté m'achève; je sais que le rôti a manqué à deux tables.' • Point du tout,' dit M. le prince, “ne vous fâchez point, tout va bien.'

un

60.--Minuit vint; le feu d'artifice ne réussit pas ; il fut couvert d'un nuage; il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout, il trouve tout endormi; il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée ; il lui demande: • Est-ce là tout?' •Oui, Monsieur.' Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne vinrent point; sa tête s'échauffait ; il crut" qu'il n'aurait point d'autre marée; il trouva Gourville, il lui dit: "Monsieur, je ne survivrai point à cet affront-ci.' Gourville se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au travers du ceur; mais ce ne fut qu'au troisième coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mortels ; il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés; on cherche Vatel pour la distribuer, on va à sa chambre, on heurte, on enfonce la porte, on le trouve nové dans son sang; on court à M. le prince, qui fut au désespoir. M. le duc pleura; c'était sur Vatel que tournait tout son voyage de Bourgogne. M. le prince le dit au roi fort tristement: on dit que c'était à force d'avoir de l'honneur à sa manière; on le loua fort; on loua et blâma son courage.—Madame de Sévigné.

61.-Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse; soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même, et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui; car, en leur donnant la puissance, il leur commande d'en user comme il fait lui-même pour le bien du monde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes non-seulement par

des discours et par des paroles, mais encore

par des effets et par des exemples: Et nunc, reges, intelligite; erudimini, qui judicatis terram.-Bossuet,

les remplissaient de leur doux nectar; les autres apportaient des fleurs qu'elles avaient choisies entre toutes les richesses du printemps. L'oisiveté et la paresse étaient bannies de ce petit état; tout y était en mouvement, mais sans confusion et sans trouble. Les plus considérables d'entre les abeilles conduisaient les autres, qui obéissaient sans murmure et sans jalousie contre celles qui étaient au-dessus d'elles. Pendant que le jeune prince admirait cet objet qu'il ne connaissait pas encore, une abeille, que toutes les autres reconnaissaient pour leur reine, s'approcha de lui et lui dit: 'La vue de nos ouvrages et de notre conduite vous réjouit; mais elle doit encore plus vous instruire. Nous ne souffrons point chez nous le désordre ni la licence; on n'est considérable parmi nous que par son travail et par les talents qui peuvent être utiles à notre république. Le mérite est la seule voie qui élève aux premières places. Nous ne nous occupons nuit et jour qu'à des choses dont les hommes retirent toute l'utilité. Puissiez-vous être un jour comme nous, et mettre dans le genre humain l'ordre que vous admirez chez nous! vous travaillerez par là à son bonheur et au vôtre; vous remplirez la tâche que le destin vous a imposée : car vous ne serez au-dessus des autres que pour les protéger, que pour écarter les maux qui les menacent, que pour leur procurer tous les biens qu'ils ont droit d'attendre d'un gouvernement vigilant et paternel.'-Fénélon.

63.—Turenne mort, tout se confond, la fortune chancelle, la victoire se lasse, la paix s'éloigne, les bonnes intentions des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la vengeance; tout le camp demeure immobile. Les blessés pensent à la perte qu'ils ont faite, et non aux blessures qu'ils ont reçues. Les pères mourants envoient leurs fils pleurer sur leur général mort. L'armée en deuil est occupée à lui rendre les devoirs funèbres; et la renommée, qui se plaît à répandre dans l'univers les accidents extraordinaires, va remplir toute l'Europe du récit glorieux de la vie de ce prince et du triste regret de sa mort. Que de soupirs alors, que de plaintes, que de louanges retentissent dans les villes, dans la campagne! L'un, voyant croître ses moissons, bénit la mé

62.-Un jeune prince, au retour des zéphyrs, lorsque toute la nature se ranime, se promenait dans un jardin délicieux. Il entendit un grand bruit et aperçut une ruche d'abeilles ; il s'approche de ce spectacle, qui était nouveau pour lui; il vit avec étonnement l'ordre, le travail et le soin de cette petite république. Les cellules commençaient à se former et à prendre une figure régulière. Une partie des abeilles

moire de celui à qui il doit l'espérance de sa récolte. L'autre, qui jouit encore en repos de l'héritage qu'il a reçu de ses pères, souhaite une éternelle paix à celui qui l'a sauvé des désordres et des cruautés de la guerre.- Fléchier.

64.—Combien de pauvres sont oubliés ! combien demeurent sans secours et sans assistance! Oubli d'autant plus déplorable que, de la part des riches, il est volontaire et par conséquent criminel. Je m'explique: combien de malheureux réduits aux dernières rigueurs de la pauvreté, et que l'on ne soulage pas, parce qu'on ne les connaît pas, et qu'on ne veut pas les connaître ! Si l'on savait l'extrémité de leurs besoins, on aurait pour eux, malgré soi, sinon de la charité, au moins de l'humanité. A la vue de leur misère, on rougirait de ses excès, on aurait honte de ses délicatesses, on se reprocherait ses folles dépenses, et l'on s'en ferait avec raison des crimes. Mais parce qu’on ignore ce qu'ils souffrent, parce qu'on ne veut pas s'en instruire, parce qu'on craint d'en entendre parler, parce qu'on les éloigne de sa présence, on croit en être quitte en les oubliant, et, quelque extrêmes que soient leurs maux, on y devient insensible.-Bour. daloue.

s'en lasse. Commander aux hommes et leur donner des lois ? mais ce sont là les soins de l'autorité; ce n'en est pas le plaisir. Voir autour de vous multiplier à l'infini vos esclaves ? mais ce sont des témoins qui vous embarrassent et vou gênent plutôt qu'une pompe qui vous décore. Habiter des palais somptueux? mais vous édifiez, dit Job, des solitudes où les soucis et les noirs chagrins viennent bientôt habiter avec vous. Y rassembler tous les plaisirs ? ils peuvent remplir ces vastes édifices, mais ils laissent toujours votre cour vide. Trouver tous le jour dans votre opulence de nouvelles ressources à vos caprices ? la variété des ressources tarit bientôt; tout est bientôt épuisé : il faut revenir sur ses pas et recommencer ce que l'ennui rend insipide et ce que l'oisiveté a rendu nécessaire. Employez tant qu'il vous plaira vos biens et votre autorité à tous les usages que l'orgueil et les plaisirs peuvent inventer, vous serez rassasies, mais vous ne serez pas satisfaits; ils vous montreront la joie, mais ils ne la laisseront pas dans votre cour. Employezles à faire des heureux, à rendre la vie plus douce et plus supportable à des infortunés que l'excès de la misère a peutêtre réduits mille fois à souhaiter, comme Job, que le jour de leur naissance eût été lui-même la nuit éternelle de leur tombeau ; vous sentirez alors le plaisir d'être né grand; vous goûterez la véritable douceur de votre état : c'est le seul privilége qui le rende digne d'envie. -Massillon.

65. Faites des heureux ! Quel usage plus doux et plus flatteur pourriez-vous faire de votre élévation et de votre opulence ? Vous attirer des hommages? mais l'orgueil lui-même

2. DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

66.-_'On a de la peine,' dit la marquise, à s'imaginer qu'on tourne autour du soleil ; car enfin on ne change point de place, et on se trouve le matin où l'on s'était couché le soir. Je vois, ce me semble, à votre air, que vous m'allez dire que, comme la terre tout entière marche...'

* Assurément,' interrompis-je; “c'est la même chose que si vous vous endormiez dans un bateau qui allât sur la rivière : vous vous retrouveriez, à votre réveil, dans la même place et dans la même situation à l'égard de toutes les parties du bateau.'

Oui; mais,' répliqua-t-elle, voici une différence : je trouverais à mon réveil le rivage changé, et cela me ferait bien voir que mon bateau aurait changé de place. Mais il n'en va pas de même de la terre: j'y retrouve toutes choses comme je les avais laissées.'

• Non pas, Madame,' répondis-je, non pas : le rivage est changé aussi. Vous savez qu'au-delà de tous les cercles des planètes sont les étoiles fixes; voilà notre rivage. Je suis sur la terre, et la terre décrit un grand cercle autour du soleil. Je regarde au

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