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Dourrigne'. Tantôt d'une Bacchante imitant les fureurs,

Je cours et remplis l'air d'effroyables clameurs:
Tantôt lasse d'errer, plus calme et plus tran.

quille,
Je m'étends sur le roc, et j'y reste immobile

... Quelquefois retournant vers ce malheureux lit, Témoin du piege affreux que ton coeur me ten

dit. Pour calmer mon ennui, je n'y jette, l'embrasse; Je haigne de mes pleurs l'endroit où füt ta pla

ce, Et je m'écrie: „O toi, qui nous reçus tous deux, „Lit fatal, qu’as - tu fait de l'objet de mes

voeux ?
» Et pourquoi, n'écoutant qu'une ardeur incon-

stante
L'ingrat est-il parti fans fa fidelle Amante?

Que deviendrai - je ici? Sur ces fteriles bords,
La nature jamais n'étala ses trésors:
Aucun champ cultivé dans cette sauvage,
Des foins du Laboureur n'offre à mes yeux l'ouvra-

ge,
Et je n'y vois par-tout que d'horribles rochers;
Je n'ai, pour en sortir, ni Vaisseau ni Nochers;
Et quand même j'aurois cette triste ressource,
En quels climats, ô Ciel! bornerois-je ma cour.

se?
Où fuir ? où me cacher? quel seroit mon espoir!
Minos dans les Etats voudra-t-il me revoir ?
Hélas! à mes desirs la mer en vain docile,
Au bout de l'Univers m'ouvriroit un asyle:
Exilée en tous lieux, un long bannissement
Seroit toujours le prix de mon aveuglement.
Non, je ne verrai plus cette contrée heureuse,
Par cent belles Cités renominée et faineuse,
Ce florissant Empire où regnoient mes Ayeux,
Et qui fut le berceau du Monarque des Dieux!

Ls

La Crete, où j'ai trahi mon devoir et mon pere,
Eit pour moi désormais une terre etrangere.

Dourrignel.

QUAND ma main te donna ce fil, qui de tes

jours
Au milieu des dangers, conserva l'heureux cours;
„Oui, j'attefte des Dieux la puissance immortelle,
» Que, tant que nous vivrons, je te ferai fidelle;
Difois-tu : nous vivons cependant, fi pour moi
Ce soit vivre en effet que de vivre sans toi.
Cruel! que n'ai - je été par toi même égorgée!
Ta foi par mon trépas eût été dégagée;
Et dans l'affreux désert où tu me fais languir,
Je n'aurois pas du moins mille morts à souffrir.

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Depuis que dans ces lieux tu m'as abandon

née,
Thésée, au moindre bruit, mon ame consternée
Croit voir de toutes parts, à ma perte animés
Des Tigres, des Lions et des Loups affamés :
Des monstres de la mer j'y crains aussi la rage,
Ou de quelque brigand le téméraire outrage;
Et que, pour achever de combler mes revers,
Une insolente main ne me charge de fers.
Le Ciel qui julqu' ici persécuta ma vie,
M'auroit-il réservée à cette ignominie?
Moi; je pourrois servir! moi, fille de Minos,
Moi qui naquis du fang des Dieux et des Hé.

ros,
Et qui m'étois flattée enfin que l'Hymenée

Beisp. Samml. 6. D.

Pour

Dourpigne', Pour jamais à ton lort joindroit ma destinée!

Dieux! privez-moi plutôt de la clarté du jour.

Helas! plus mes regards observent ce fé

jour,
Plus j'y vois de dangers qui me livrent la guer.

re;
J'y redoute fans cesse et la mer et la terre:
Tout ce qui m'environne augmente mon effroi:
Et j'y crains jusqu'aux Cieux irrités contre moi.

Mais que dis-je ! cette lle est peut-être habi.

tée.
Ah! je n'en suis encor que plus épouvantée.
Si ces lieux abhorrés cachent quelques mortels,
Ce sont des Etrangers farouches et cruels:
Oferois - je vers eux porter mes pas timides?
Non, je sais trop, combien les hommes font perfi-

des.
Falloit-il pour venger mon frere massacré,
Qu'une loi rigoureuse à la mort t'eût livré?
Et lorsque dans sa vaste et profonde retraite,
Ton bras du Minotaure eût délivré la Crete,
Pourquoi, trop généreuse, armai.je alors tes

mains
Du fil qui t'en freya les tortueux chemins !

Ce triomphe, après tout, honore peu Thé.

sée.
Ce fut pour toi, cruel, une entreprise aisée.

'Du

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Du monstre homme et taureau quelque fût le cour, Dourrigne's

roux,
Ton coeur te fuffiroit pour parer tous ses coups,
Avec un coeur fi dur il n'est point de victoire
Qu'on ne puisse obtenir sans péril et sans gloire.

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O toi, de cet ingrat confident odieux,
Sommeil, qui de ton ombre enveloppas mes yeux,
Afin de leur cacher sa fuite criminelle;
Que ne les couvris - tu d'une nuit éternelle?
Vent, par qui fon vaisseau fut guidé sur les flote,
Devois-tu protéger le plus noir des complots?
Et toi, perfide Amant, par une ardeur trompeuse
Falloit-il abuser mon ame malheureuse?
Cette ardeur, le sommeil et le vent à la fois,
Contre mon foible coeur conspirerent, tous trois.

Ainsi donc sur ces bords je vais perdre la vie,
Sans pouvoir élperer qu'une mere chérie,
En me fermant les yeux, foulage mes douleurs,
Et sans voir mon trépas adouci par ses pleurs!
Il faudra qu'en ces lieux, privé de sépulture,
Les avides oiseaux mon corps soit la pature;
Et mes manes errans y chercheront en vain,
Pour assurer leur sort, quelque pieuse main!

Pour toi, tu reverras Athènes ; et ton coura

ge
De mille adulateurs y recevra l'hommage:
Tu leur diras, comment ton bras victorieux
Fit tomber lous ses coups un monstre furieux;

ff 2

Et

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Dourrigne'. Et par quel art tu sus, prodiguant les miracles,

Du labyrinthe obscur franchir tous les obstacles :
Mais vante - toi sur tout, à leurs yeux fatisfaits,
D'avoir causé ma mort pour prix de mes bienfaits ;
Ce merveilleux exploit vaut bien que tu t'en flat-

tes:
La trahison doit plaire à des ames ingrates;
Et tu vas bientôt voir de si beaux sentimens
Multiplier pour toi leurs applaudissemens.

Non, d'Egée et d'Ethra tu n'as point reçiz

l'être;
Un sang fi glorieux n'eût pas produit un traître;
Et la mer infidelle a pu seule enfanter
Un monstre tel que toi, né

pour me tourmenter.

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Que n'as tu pu, Barbare, hélas! de ton navi.

re,
Etre témoin des maux dont mon ame loupire!
Ce fpectacle, sans doute, eût fléchi ta rigueur,
Et la compassion eût désarmé ton coeur.
Mais si ce n'est des yeux, vois tu moins en idée
Les éternels ennuis dont je suis obsédée;
Vois Ariane en pleurs, qui, l'oeil triste, abattu,
Languit sur un rocher par les vagues battu:
Vois tous ces ornemens qui relevoient mes char-

mes
Et mon voile flottant, arrosés de mes larmes.
Mon coeur cede aux tourmens dont il est accablé;
Semblable à ces moissons, qu'en champ désolé,

Courbe

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