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Le pire, c'est que, pour faciliter leurs recherches et leurs travaux, les mineurs avaient mis le feu à d'immenses forêts, et que les montagnes furent bientôt dénudées ; il ne fut donc pas possible de les culliver et il fallut émigrer. « Le district minier se dépeupla de plus en plus : Ouro Preto qui, au milieu du siècle passé, possédait plus de 80.000 habitants, en contient à peine 10 à 12.000 aujourd'hui. »

M. Ferrand croit que ces mineurs étaient inhabiles à lutter contre les forces de la nature et complètement ignorants de l'art d'exploiter les mines, et il ajoute que le gouvernement de la métropole aurait dû envoyer des personnes habiles dans l'art des mines et capables de guider les mineurs. En supposant que l'incapacité des mineurs fût prouvée, il n'y avait pas besoin du gouvernement pour que des personnes habiles y allassent, elles y seraient allées d'elles-mêmes, si elles n'en avaient pas été détournées par les impôts excessifs et les infinies vexations.

On revient aujourd'hui à de meilleurs principes économiques; il y a déjà 9 compagnies de mines d'or en exploitation et d'autres vont se former. C'est dans le but de favoriser ce mouvement qu'est publié l'ouvrage de M. Ferrand, par les soins de la commission de l'exposition préparatoire de l'État de Minas Geraes à l'occasion de l'exposition minière et métallurgique de Santiago (Chili). Cet ouvrage, qui doit comprendre un 3e volume, renfermera tous les renseignements désiiables sur les mines générales, sur les méthodes d'exploitation, sur T'administration, la direction, le traitement du personnel, etc. Nous sommes heureux de voir que cet important travail est l'æuvre d'un ingénieur français.

ROUXEL.

NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES

Association générale des étudiants à Paris. Annuaire 1895-96, in-8°. Paris, au siège social. — Cet Annuaire, en outre des renseignements relatifs à l'Association, donne l'historique de cette association, depuis sa fondation, en 1884, jusqu'à ce jour. L'Association générale des étudiants compte aujourd'hui 6.500 membres actifs. Elle offre à ses membres ses bibliothèques bien fournies, ses salles de journaux et de conversation, ses soirées artistiques, etc. Elle assure aux associés les relations cordiales et intelligentes entre eux, de hautes relations avec les membres honoraires, ce qui n'est point à dédaigner dans un temps où le principal mérite consiste dans les recommandations; elle leur facilite le travail en commun, le secours en cas de besoin; elle donne

aussi des banquets et même des parades à la mi-carême en compagnie des blanchisseuses, mais on ne parle pas de ce dernier article. A côté de tout cela, et pour varier ses plaisirs et ceux du public qui s'intéresse à elle, l'Association a quelquefois des démêlés avec les étudiants non associés ou appartenant à d'autres associations : elle en a même avec la presse et ce n'est pas peu de chose ; cela va jusqu'au duel. On voi que rien n'y manque.

Della istituzione di un consiglio privato della corona nei nostro regime parlamentare, per IGNAzio BRUNELLI, con lettera di Ruggero Bonghi, in-8°, Nicola Zanichelli, Bologna, 1895. — Le régime parlementaire ne donne pas les merveilleux résultats que l'on s'en pro mettait jadis. Tous les abus dont on se plaignait sous l'ancien régime, le parlementarisme les a soigneusement conservés, et il en a introduit de nouveaux en plus grand nombre encore. L'Etat est en proie aux politiciens ; les partis se chamaillent ou s'accordent entre eux suivant leurs propres intérêts, ou du moins ce qu'ils croient tel et n'ont aucun souci du bien public. Les ministères naissent et vivent.... ce que vivent les roses : le temps de caser leurs parents et amis ; ensuite ils disparaissent comme les soubrettes des comédies, pour être remplacés par d'autres hommes qui ont promis de faire mieux et qui font pire. Quelle est la source de ce mal et quel remède convient-il d'y oppo ser ? D'après M. Brunelli, le parlementarisme restreint plus qu'il ne convient l'autorité du prince, ou plus généralement du chef du pouvoir, prince, roi ou président. La maxime que le roi règne et ne gouverne pas est intrinsèquement fausse. Il s'agit donc de donner au pouvoir suprême plus de puissance : il faut qu'au-dessus des trois pouvoirs de l'État existe une force modératrice et conciliatrice qui maintienne chacun d'eux dans les limites de ses attributions et les empêche de s'entre heurter. Pour que le prince accomplisse cette fonction, il ne faut pas qu'il soit isolé : il convient qu'il soit assisté d'un conseil spécial, pris en dehors du Parlement et choisi parmi les hommes les plus éclairés et les plus indépendants ; en un mot. il faut instituer un conseil privé de la cou| ronne. M. Brunelli traite sa thèse en quatre points : 1° le moderne régime parlementaire et ses effets : 2° les principales prérogatives de la couronne relativement aux divers pouvoirs ; 3° la formation du conseil privé; 4o avantages du conseil privé. Que dire de ce projet ? Qu'il ne modifiera pas sensiblement la situation actuelle tant que les attributions de l'État et par conséquent les

impôts à se partager resteront les mêmes. Or, ces deux points dépendent du peuple et non des institutions politiques. Autrefois, le prince avait plus d'autorité qu'aujourd'hui : les choses n'allaient pas mieux, proportion gardée. Il y avait alors les courtisans ; il y a maintenant les politiciens. Le nom seul a changé, par la grâce de Dieu ou la volonté nationale.

Le condizioni presenti della Sicilia (Cause et remedi), par GIUSEPPE BIANCHINI, br. in-8°. Tip. Galli e Raimondi di Galli Vittorio, Milano, 1895. La gravité des émeutes de la Sicile, la rapidité avec laquelle elles se sont manifestées,prouvent qu'elles n'ont pas été le fruit de causes occasionnelles ou superficielles comme les influences étrangères, les aspirations séparatistes; mais qu'elles ont leur cause dans la constitution économico-sociale du pays. Une étude consciencieuse des conditions présentes de la Sicile, aux points la vue de l'agriculture, de l'industrie. de l'administration,du gouvernement, etc., outre qu'elle expliquera les faits passés, servira à en montrer les remèdes. C'est à cette étude que se livre M. Bianchini. Il faut, dit-il, profiter de la tranquillité rétablie pour travailler à la pacification sociale, à l'amélioration économique et morale, sinon les mêmes causes produiront les mêmes effets dans un délai plus ou moins long. Cette étude, consciencieuse comme le dit l'auteur, a été présentée à l'association pour la liberté économique; elle est écrite avec beaucoup de compétence et d'indépendance.

Nel Brasile. Lo stato di Mimas Geraes, la nuova capitale, per CARLO FABRICATORE, br. in-16, Genova. 1894. — L'état de Minas Geraes (Mines générales) prend beaucoup de développement depuis que les Italiens et les Français vont s'y établir au lieu d'aller dans les colonies que leurs gouvernements respectifs se donnent tant de peine à conquérir. M. Carlo Fabricatore, un Italien, est enchanié de ce séjour et il en donne la description afin d'engager ses compatriotes à venir le rejoindre. L'agriculture, l'industrie, le travail des mines d'or donnent déjà de bons résultats et peuvent en donner de plus considérables. Le climat est très sain; en cas où l'on soit malade, il y a d'excellentes sources minérales. La population est en progrès, des villes se construisent ou s'agrandissent, la nouvelle capitale appelée Bel Horizon en raison de sa situation, se construit d'après les principes les plus modernes de la science et de l'art et dépassera de beaucoup en splendeur et en magnificence les plus belles cités de l'Amérique du Nord.

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CHRONIQUE

SOMMAIRE : Encore un projet de réformes financières. – Une résolution

libre-échangiste de la Société d'économie industrielle et commerciale. Un échec du protectionnisme.- Le rejet du droit sur le minerai de plomb. L'annexion de Madagascar et les résultats comparés de la protection et du libre-échange en matière de colonisation. -- Comment on introduit les mours de la civilisation à Madagascar. - Ce que devient le café protégé. Les progrès de la coopération en Angleterre. - Les résolutions du Congrés international des mineurs. — Le traité de commerce entre l'Allemagne et le Japon.- En Sardaigne. — Démonétisation et banqueroute.- M. Jules Simon.

Nous ne cessons de répéter que le seul moyen efficace de soulager les contribuables, c'est de diminuer les dépenses de notre triple gouvernement national, départemental et communal. Mais ni les conservateurs, ni les libéraux (s'il en reste), ni à plus forte raison les socialistes ne songent à recourir à ce remède. Au contraire, ils se font une concurrence de plus en plus active pour augmenter les attributions de l'État et grossir son budget. Cependant les contribuables plient sous le faix, et, tout en demandant au gouvernement de répandre sur eux avec plus d'abondance la inanne du budget, ils réclament la diminution des impôts qui fournissent cette manne bienfaisante. Il faut bien leur donner une satisfaction, ou pour mieux dire l'illusion d'une satisfaction. C'est pourquoi les nouveaux ministres se croient obligés de présenter, à titre de don de joyeux avènement, un plan de réformes financières. M. Dauphin, M. Burdeau, M. Doumer n'y ont pas manqué. M. Cochery, suivant leur exemple, a formulé un projet dont voici les dispositions essentielles :

DÉGRÈVEMENTS 1o Suppression de la contribution des portes et fenêtres ; 2o Suppression de la contribution personnelle-mobilière ;

3° Dégrèvement sur la propriété non bâtie pour tous les départements taxés au-dessus de 4,50 (centimes généraux compris);

4° Déduction au profit des débiteurs hypothécaires sur le montant de l'impôt foncier de la part d'impôts correspondant au montant de leurs dettes.

RESSOURCES NOUVELLES 1o Relèvement du taux de l'impôt sur le revenu des propriétés bâties de 3,80 à 4,50 p. 100 (centimes généraux compris);

2o Imposition des intérêts des créances hypothécaires (4,50 p. 100);

30 Relèvement de 4 à 4,50 p. 100 du taux de la taxe sur le revenu des valeurs mobilières, et application de cette taxe à toutes les valeurs et fonds d'État français et étrangers;

4° Création d'une cédule complémentaire basée à la fois sur les loyers d'habitation, sur le nombre des domestiques et sur celui des voitures et chevaux de luxe.

Cette cédule complémentaire, établie d'après les loyers et certains signes extérieurs de la richesse, n'atteindra que 4.500.000 ménages contribuables, sur 10.500.000. Les contribuables atteints bénéficieront d'ailleurs de larges délaxes à raison de leurs charges de famille.

Il ne nous parait pas bien nécessaire d'examiner longuementce projet qui aura certainement le sort de ses ainés. Nous nous arrêterons seulement à l'extension de l'impôt sur les valeurs mobilières aux fonds d'État et à l'aggravation de ce même impôt. établi d'abord à 3 p. 100, porté ensuite à 4 p. 100 et élevé, dans le projet, à 4 1/2. Nous ne voyons aucune raison d'exempter les rentiers de l'État des charges de l'impot. Si on les en a exonérés à l'origine, c'était en vue d'attirer les prêteurs qu'effrayait à bon droit la banqueroute dissimulée par l'agréable euphémisme du « tiers consolidé ». Mais ce privilège n'a plus aujourd'hui aucune raison d'être. La renle n'échappe pas à l'impôt en Angleterre, nous ne voyons pas pourquoi elle y échapperait en France. Seulement, il ne faut pas oublier que l'État, malgré ses 30 milliards de dettes, n'a pas cessé d'être emprunteur, et que les prêteurs, gens fort avisés, ne manqueront pas de lui faire payer ses futurs emprunts à un prix augmenté du montant de l'impôt, ce qui l'obligera à rembourser au rentier-contribuable ce qu'il aura recu du contribuable-rentier. Quant aux fonds d'État étrangers, taxés d'ailleurs pour la plupart dans leur pays d'origine, rien ne sera plus facile que de se soustraire à l'impôt de surcroît dont ils seront frappés ; il suffira d'en déposer les titres et d'en faire toucher le coupon à Bruxelles ou à Genève.

Le principal motif que l'on invoque en faveur de ce remaniement des charges fiscales, c'est la nécessité d'établir plus de justice dans leur répartition. Mais si l'on se place à ce point de vue, quel impôt est plus manifestement injuste que celui des valeurs mobilières qu'on se propose précisément d'aggraver. Quoi ! voici une entreprise de banque, d'industrie ou de commerce appartenant à un seul individu ou à deux ou trois associés, et qui leur procure annuellement un profit de 100 ou 200.000 francs et da vantage ; il y en a même que l'on pourrait citer, dont le profit dé

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