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les combats. •Il n'y a pas de plus mauvais garçon au inonde,' disait sa mère; 'il est toujours battant ou battu.' Son éducation fut extrêmement négligée sous le rapport de la science : à cette époque la plupart des nobles se faisaient un mérite de n'avoir rien appris. La physionomie du petit du Guesclin n'avait rien d'agréable; il ne se le dissimulait pas. • Je suis fort laid,' disait-il; mais je veux être bien hardi.' Voici l'occasion où l'on commença à l'apprécier. Son père et plu

. siers gentilshommes bretons publièrent un tournoi où furent invités tous les chevaliers les plus braves de France et d'Angleterre. Le jeune homme avait vu les préparatifs de l'équipage de son père, et il se promettait bien de l'accompagner: mais Renault, craignant sans doute quelque incartade de sa part, lui défendit (re) de sortir de chez sui. Bertrand songea aussitôt à s'échapper secrètement, et il y réussit (ir). Arrivé à Rennes, il obtient à grand' peine d'un de ses parents qu'il lui prête ses armes et son cheval.

Ravi de joie, et plein d'un noble espoir, du Guesclin s'avance vers la place du tournoi, se fait ouvrir la barrière et demande à combattre.

Guesclin, charmé de se voir applaudi par son père, qui auparavant faisait peu de cas de lui, en goûta mieux sa victoire. Il alla recevoir le prix destiné au vainqueur; et suivi de toute la noblesse, il courut offrir sur-le-champ`au chevalier qui lui avait prêté son cheval et ses armes, le fruit de sa bravoure. On vit avec admiration qu'il alliait au courage et à l'adresse, la générosité et la reconnaissance.

8. Flatterie adroite.-- Le prince de Conti, père du dernier de ce nom, avait invité l'abbé de Voisenon à dîner. L'abbé oublia le jour, et n'y alla pas. Le lendemain, un ami le rencontre, et lui dit: 'Monseigneur a été hier de fort mauvaise humeur contre vous.' L'académicien convint de son tort, et ne manqua pas de se trouver un jour d'audience chez le prince pour lui faire ses excuses. Dès que Son Altesse l'aperçut (çevoir), elle lui tourna le dos sans le regarder. 'Ah! monseigneur,' s'écria l'abbé, je suis pénétré de reconnaissance. On m'avait dit que vous m'en vouliez: je vois bien le contraire.'

- Comment cela?' dit le prince. · Votre Altesse me tourne le dos, et ce n'est pas son usage d'agir ainsi devant ses ennemis.'

9.-Un homme très simple, étant arrivé un soir dans une auberge, ne trouva qu’un lit dans une chambre où couchait déjà un nègre. Comme on s'était aperçu pendant le souper de sa simplicité ridicule, quelques jeunes gens voulurent se moquer de lui : ils entrèrent dans sa chambre pendant qu'il dormait, et lui noircirent le visage.

Le lendemain, un domestique vint l'éveiller de bonne heure comme il l'avait recommandé, et notre homme se jeta en bas de son lit. Mais s'étant vu dans la glace: 'Ah!' dit-il, le domestique s'est trompé comme un imbécile; je lui avais dit, de me réveiller, et il a réveillé le nègre.' Cela dit, il se recoucha tranquillement, et dormit une couple d'heures.

10.-Un avocat revenait du jardin d'un de ses amis, où il était allé se promener. Sa femme accourut au-devant de lui; elle lui demanda comment on l'avait reçu. «Je n'ai trouvé que les dames; elles m'ont reçu très-civilement,' répondit-il. “Elles ont voulu me faire manger.'— Vous n'avez pas accepté? et que leur avez-vous dit?'

7. Suite.—Le premier concurrent qui se présenta fut aussitôt vaincu: du Guesclin le heurta avec tant de violence qu'il le renversa de cheval. Un autre chevalier fut également terrassé. Renault, son père, se présenta pour courir contre lui; Bertrand, qui l'avait reconnu à ses armes, accepta le défi; mais les trompettes ayant sonné la charge, au lieu de s'avancer pour combattre, il baissa la lance et lùi Alt une révérence profonde. Les assistants demeurèrent tout surpris; Renault se retira sans reconnaître son fils. Mais aussitôt un chevalier normand, fier de trois victoires qu'il avait déjà remportées, vint défier le jeune Bertrand. "Du Guesclin cette fois ne refusa pas le combat. Les deux champions s'élancèrent l'un contre l'autre avec une vitesse incroyable. Le chevalier normand visant son antagoniste à la tête, lui enleva son casque avec sa lance. Bertrand, outré de se voir touché et découvert, saisit au corps son adversaire avec tant d'adresse, qu'il le renversa et demeura vainqueur. Renault, aussi surpris que joyeux, courut à son fils et l'embrassa avec tendresse. Du

Moi ? Rien du tout: heureusement j'avais ma canne.'—Comment, votre canne? À quoi pouvait-elle vous servir ?'- À écarter les trois énormes chiens qu'on avait lâchés sur moi, et qui m'auraient dévoré si je les avais laissés faire.'

11.-Au milieu d'une nuit fort obscure, un aveugle marchait dans les rues avec une lanterne à la main et une cruche pleine sur le dos. Quelqu'un qui courait le rencontra, et, surpris de cette lumière : Simple que vous êtes,' lui dit-il, à quoi vous sert cette lumière ? La nuit et le jour ne sont-ils pas la même chose pour vous ?' -Ce n'est pas pour moi,' lui répondit l'aveugle, que je porte cette lanterne ; c'est afin que les étourdis qui te ressemblent ne viennent pas heurter contre moi, et me faire casser ma cruche.'

12. Le Voyageur rusé.- Un voyageur qu’un orage avait mouillé et transi de froid arriva dans une hôtellerie de campagne, et la trouva si remplie de monde, qu'il ne put approcher de la cheminée. • Portez à mon cheval une cloyère d'huîtres,' dit-il bien haut à l'hôte.—'À votre cheval l’répondit celui-ci; 'il ne voudra jamais les manger.' -Faites ce que j'ordonne,' répondit le voyageur. Aussitôt tous les assistants volent à l'écurie pour voir un cheval manger des huîtres, et le voyageur, resté seul, s'empare de la cheminée et se chauffe à son aise. Bientôt l'hôte revient. Monsieur,' dit-il en arrivant,

je l'aurais gagé sur ma tête, votre cheval ne veut pas d'huîtres.'— Eh bien, mettez-les sur la table, et je les mangerai, moi, quand je serai bien sec.

13. Le Charlatan.-Un voyageur, bien vêtu, entra un dimanche au soir dans un cabaret de village, où il se fit donner une poularde et une bouteille du meilleur vin. À peine eut-il porté le premier morceau à sa bouche, qu'il se mit à gémir d'une manière pitoyable, se disant tourmenté depuis quinze jours d'un horrible mal de dents. Tous les paysans qui se trouvaient là, lui témoignèrent une grande compassion.

Quelques instants après survint un empirique, qui, s'étant assis dans un coin, demanda un verre d'eau-de-vie.

Lorsqu'on l'eut informé de l'indisposition de l'étranger, il assura qu'il y apporterait bon remède. Il tira de sa

cassette un petit morceau de papier doré, artistement plié, l'ouvrit et dit: • Monsieur, vous n'avez qu'à mouiller le bout du doigt, et après l'avoir trempé dans la poudre que voici, vous l'appliquerez sur la dent.' L'étranger ayant fait ce qui lui avait éte prescrit, s'écria aussitôt : Dieu ! quel bien-être subit j'éprouve! toute douleur s'est à l'instant évanouie.' Alors, ayant fait présent d'un écu à l'empirique, il l'invita à souper avec lui.

Toutes les personnes qui se trouvaient à l'auberge et tous les habitants du village s'empressèrent d'acheter de cette précieuse poudre, et le charlatan en vendit bien cent petits paquets à soixante centimes chacun. Lorsqu'ensuite quelque paysan se plaignait du mal de dents, on accourait avec le remède merveilleux, qui, au grand étonnement de tout le monde, ne soulagea personne.

Enfin la supercherie vint au jour. On apprit que les deux voyageurs s'étaient donné le mot, pour tromper les bons villageois. La poudre n'était rien qu’un peu de craie. Les deux fripons expièrent dans une maison de correction ce tour et bien d'autres encore qu'ils avaient faits.

14. Leibnitz et le Chapelet.-Dans le voyage que fit Leibnitz en Italie, il lui arriva ane aventure qui pensa lui coû. ter la vie. Pour passer de Venise à Musola, il entra seul et sans suite dans une petite barque. Au milieu de son trajet il s'éleva une furieuse tempête qui alarma tout le monde. Le pilote qui avait observé longtemps le passager, jugea qu'il était hérétique. Il fit part de cette importante observation aux mariniers. Sur-le-champ ceux-ci en conclurent qu'il était la cause de la tempête, et comme ils ne croyaient pas être compris par un Allemand, ils résolurent de le jeter à la mer. Leibnitz entendit leur discours, et sans marquer aucun trouble, il tira de sa poche un chapelet, que sans doute il avait pris par précaution, en voyageant dans un pays qu'il savait être celui de la superstition. Il en fit usage à l'instant avec un air fort dévot. Cet artifice lui réussit; on pensa différemment sur son compte, et on attendit de la Providence la fin de l'orage.

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15. Thomas Morus.-Thomas Morus étant seul à se promener sur une tertrouva dans ce moment près de lui, . c'est un fourbe, qui contrefait le boiteux; il marche aussi droit que vous et moi. Prêtez-moi un instant votre canne, je vais vous en donner la preuve. Aussitôt l'inconnu prend la canne du comte, et se met à courir après le prétendu boiteux, qui en effet retrouva vite l'usage de ses jambes et s'enfuit de toutes ses forces. Tous deux disparurent bientôt. Le comte stupéfait attendit quelque temps le retour de son homme et la restitution de sa canne. Mais il ne revit plus ni l'un ni l'autre.

rasse voisine de l'endroit où l'on enferme les fous à Londres, un de ces insensés s'échappa, vint à l'endroit où était Morus, et l'ayant joint: Jettetoi là-bas, lui dit-il, afin que j'aie le plaisir de t'y voir arriver diligemment.” Le chancelier, qui n'était pas des plus forts, s'en tira par une présence d'esprit admirable; il dit au fou: Mon ami, ce n'est point une chose bien divertissante ni singulière, que de voir un homme tomber en bas, mais, si tu veux, je te serai voir mieux; je vais y descendre, ensuite je sauterai ici-haut tout d'un coup, sans l'aide de personne; et je suis sûr que tu en seras étonné.' Le fou fut frappé de la proposition; il y consentit, et resta sur le bord de la terrasse à attendre le chancelier, qui non-seulement manqua à ce qu'il avait promis, mais envoya encore du monde pour reprendre le fou et le renfermer.

16. Le Maréchal de Saxe et le Forgeron.-Le maréchal de Saxe voulant un jour donner une preuve de sa force à quelques personnes, entra chez un forgeron sous prétexte de faire ferrer son cheval, et comme il trouva plusieurs fers préparés : ‘N’en as-tu pas de meilleurs que ceux-ci ?' dit-il l'ouvrier. Celui-ci lui représenta qu'ils étaient excellents; mais le maréchal en prit cinq ou six qu'il rompit successivement. Le forgeron admira en silence. Enfin le maréchal feignit d'en trouver un bon, qui fut mis au pied du cheval. L'opération faite, il jeta un écu de six livres sur l'enclume. • Pardon, monsieur,' dit le forgeron, je vous ai donné un bon fer, il faut me donner un bon écu de six francs!' En disant ces mots, il rompit l’écu en deux, et en fit autant de quatre à cinq autres que le maréchal lui donna. Parbleu! tu as raison,' lui dit le comte, je n'ai que de mauvais écus ; mais voici un louisd'or, qui, j'espère, sera bon.' Le maréchal convint qu'il avait trouvé son maître.

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18. Le Loup et le jeune Mouton.-- Des moutons étaient en sûreté dans leur parc; les chiens dormaient, et le berger, à l'ombre d'un grand ormeau, jouait de la flûte avec d'autres bergers voisins. Un loup affamé vint, par les fentes de l'enceinte, reconnaître l'état du troupeau. Un jeune mouton, sans expérience, et qui n'avait jamais rien vu, entra en conversation avec lui: • Que venez-vous chercher ici ?' dit-il au glouton.-'L'herbe tendre et fleurie,' lui répondit le loup. "Vous savez que rien n'est plus doux que de paître dans une verte prairie émaillée de fleurs pour apaiser sa faim, et d'aller éteindre sa soit dans un clair ruisseau ; j'ai trouvé ici l'un et l'autre. Que faut-il davantage? J'aime la philosophie qui enseigne à se contenter de peu.' -—'Ilest donc vrai, repartit le jeune mouton, * que vous ne mangez point la chair des animaux, et qu'un peu d'herbe vous suffit? Si cela est, vivons comme frères et paissons ensemble. Aussitôt le mouton sort du parc dans la prairie, où le sobre philosophe le mit en pièces et l'avala. Défiez-vous des belles paroles des gens qui se vantent d'être vertueux. Jugez-les par leurs actions, et non par leurs discours.

19.Pendant les guerres de la Ligue, Porto - Carréro, général de l'armée espagnole au

secours des ligueurs, forma le projet, en 1597, de surprendre Amiens, place française de son voisinage, où il savait que le service se faisait très-négligemment. Il place, pour cet effet, pendant une nuit obscure, des sentinelles qui doivent arrêter tous ceux qui iront du côté d'Amiens. Il s'en approche lui-même avec cinq cents hommes choisis, qu'il cache dans les baies et les masures

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17. Le Mendiant boiteux.-Un comte se promenant seul fut abordé par un mendiant boiteux, qui lui demanda plusieurs fois l'aumône. Fatigué de s'obstination de cet homme, qui persistait à l'importuner de ses supplications, il lui donna une pièce de monnaie. Vous êtes trop bon, monsieur le comte, de donner quelque chose à ce maraud,' lui dit un inconnu qui se

fort près de la place. Trente autres Espagnols, habillés en faysans et en paysannes, les uns avec des hottes, les autres avec des paniers, s'avancent jusqu'à l'entrée. Ils conduisent trois chariots, dont l'un doit s'arrêter sous la porte, à l'endroit qui répond à la berse, pour la soutenir lorsqu'on l'abattra. Aussitôt que la porte est ouverte, deux des chariots entrent. Ceux qui conduisent le troisième, chargé de sacs de noix, s'arrêtent à l'endroit marqué. Un d'entr'eux ouvre à dessein un des sacs, et les noix se répandent devant le corps-de-garde. Tandis que les bourgeois qui composaient le corps-de-garde se font un amusement de les ramasser, ils sont tués ou mis en fuite par les soldats déguisés. Les cinq cents hommes cachés dans le voisinage accourent aussitôt et entrent sans opposition par la porte que la charrette a empêché de fermer.

deux cent louis); je l'ai si bien caché que certainement les voleurs ne le trouveront pas : il est dans mon soulier, sous mon bas.'

Peu d'instants après survinrent des voleurs qui demandèrent aux voya. geurs leur bourse: ils y trouvèrent si peu de chose qu'ils ne voulurent pas s'en contenter, et déclarèrent d'un ton menaçant qu'ils fouilleraient et maltraiteraient rudement les voyageurs, si on ne leur donnait pas sur-le-champ cent livres sterling. Ils paraissaient prêts à exécuter leur menace.

• Vous trouverez aisément le double de ce que vous demandez, leur dit un vieux homme assis dans le fond de la voiture et qui, pendant toute la route, n'avait rien dit ou n'avait parlé que par monosyllabes. Faites seulement quitter à madame ses bas et ses souliers.

Les voleurs suivirent ce conseil, prirent le billet et partirent.

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20. Présence d'Esprit.--Les papiers publics de Vienne, de l'année 1776, marquent qu'on arrêta quatre soldats qui, ayant été convaincus du crime de désertion, furent condamnés par le conseil de guerre à tirer aux dés lequel d'entr'eux subirait la peine de mort. Il y en eut trois qui se conformerent au jugement du conseil de guerre; mais le quatrième refusa constamment de tirer; il allégua pour motif de son refus la défense que l'empereur avait faite de jouer à aucun jeu de hasard. Sa majesté impériale ayant été informée de la présence d'esprit de ce malheureux dans un moment aussi critique, ordonna qu'on lui fît grâce, ainsi qu'à ses trois camarades.

22. Suite. Quand la diligence arriva le soir dans la ville, le vieillard s'éloigna avant que personne eût pu lui faire sentir son mécontentement. La jeune femme passa

nuit affreuse. Quelle fut sa surprise lorsque, le lendemain matin, on vint lui remettre quatre cents livres sterling, un fort beau peigne, et la lettre que voici !

• Madame,-L'homme que vous détestiez hier avec raison, vous envoie la somme que vous avez perdue, des intérêts qui la doublent, et un peigne d'une valeur à peu près égale. Je suis désolé de la peine que j'ai été obligé de vous faire. Quelques mots vous expliqueront ma conduite. J'arrive des İndes, où j'ai passé dix années fort pénibles : ce que j'y ai gagné par mon travail se monte à trente mille livres sterling que j'avais hier en billets dans ma poche; si j'eusse été fouillé avec la sévérité dont on nous inenaçait, je perdais tout. Que devais-je faire ? Je ne pouvais m'exposer à être obligé de retourner aux Indes les inains vides. Votre franchise m'a fourni le moyen de me tirer d'embarras : aussi je vous prie de ne faire aucune attention à ce petit présent et de me croire à l'avenir votre tout dévoué.'

21. La Franchise déplacée. - Une diligence anglaise, pleine de voyageurs, se rendait à une grande ville. On parla beaucoup de voleurs de grand chemin qui, sur cette route, arrêtaient et dépouillaient souvent les voyageurs; on se demanda comment on pouvait sau. ver de leurs mains son argent. Chacun se vanta d'avoir pris ses mesures et d'être en sûreté.

Une jeune femme imprudente, qui voulait sans doute faire admirer son adresse, et qui ne songeait pas que la franchise était là fort déplacée, dit : • Quant à moi, je porte avec moi tout ce que je possède : c'est un billet de deux cents livres sterling (environ

23. Frédéric le Grand.-Un jour que la duchesse de Brunswic était à Potsdam, ce roi fit présent au comte de Schwerin, son grand-écuyer, d'une tabatière en or, dans le couvercle de Jaquelle était peint un âne. Le comte n'eut pas plutôt quitté le roi, qu'il envoya son valet de chambre à Berlin, fit ôter l'âne et mettre le portrait du roi à la place. Le lendemain à dîner Je comte affecta de mettre sa boîte sur la table. Le roi, qui voulait amuser la duchesse aux dépens du grandécuyer, parle de la boîte qu'il a donnée à ce dernier. On la lui passe, elle l'ouvre, et s'écrie: "Parfait, tout-àfait ressemblant ! En vérité, mon frère, voilà un des meilleurs portraits que j'aie vu de vous. Le roi était embarrassé, il trouvait la plaisanterie un peu forte. La duchesse passa la boîte à son voisin, qui fit les mêmes exclamations. La boîte fait ainsi le tour de la table, et chacun se récrie sur la ressemblance. Le roi ne savait que penser de cette scène. Lorsqu'enfin la boîte lui parvint, il reconnut le tour et ne put s'empêcher de rire.

24. Combat des Thermopyles.-Léonidas pressait sa marche: il voulait, par son exemple, retenir dans le devoir plusieurs villes prêtes à se déclarer pour les Perses; il passa par les terres des Thébains, dont la foi était suspecte, et qui lui donnèrent néanmoins quatre cents hommes avec lesquels il alla se camper aux Thermopyles.

Léonidas plaça son armée auprès du bourg d'Anthela, rétablit le mur des Phocéens, et jeta en avant quelques troupes pour en défendre les approches. Mais il ne suffisait pas de garder le passage qui est au pied de la montagne; il existait sur la montagne même un sentier qui commençait à la plaine de Trachis, et qui, après différents détours, aboutissait auprès du bourg d'Alpenus. Léonidas en confia la défense aux mille Phocéens qu'il avait avec lui, et qui allèrent se placer sur les hauteurs du mont (Eta.

Ces dispositions étaient à peine achevées, que l'on vit l'armée de Xercès se répandre dans la Trachinie, et couvrir la plaine d'un nombre infini de tentes. A cet aspect, les Grecs délibérèrent sur le parti qu'ils avaient à prendre. La plupart des chefs proposaient de se retirer à l'isthme; mais Léonidas ayant rejeté cet avis, on s contenta de faire partir des courriers pour presser le secours des villes alliées.

25. Suite. Alors parut un cavalier perse, envoyé par Xercès pour reconnaître les ennemis. Le poste avancé des Grecs était, ce jour-là, composé des Spartiates : les uns s'exerçaient à la lutte; les autres peignaient leur chevelure; car leur premier soin, dans ces sortes de dangers, est de parer leurs têtes. Le cavalier eut tout le loisir d'en approcher, de les compter, de se retirer, sans qu'on daignât prendre garde à lui. Comme le mur lui dérobait la vue du reste de l'armée, il ne rendit compte à Xercès que des trois cents hommes qu'il avait vus à l'entrée du défilé.

Le roi, étonné de la tranquillité des Lacédémoniens, attendit quelques jours pour leur laisser le temps de la réflexion. Le cinquième, écrivit à Léonidas: 'Si tu veux te soumettre, je te donnerai l'empire de la Grèce.' Leonidas répondit : « J'aime mieux mourir pour ma patrie, que de l'asservir.' Une seconde lettre du roi ne contenait que ces mots: Rends-moi tes armes. Léonidas écrivit au-dessous: “Viens les prendre.'

26. Suite.-Xercès, outré de colère, fait marcher les Mèdes et les Cissiens, avec ordre de prendre ces hommes en vie, et de les lui amener sur-le-champ. Quelques soldats courent à Léonidas, et lui disent: •Les Perses sont près de nous.' Il répond froidement: Dites plutôt que nous sommes près d'eux.' Aussitôt il sort du retranchement avec l'élite de ses troupes et donne le signal du combat. Les Mèdes s'avancent en fureur; leurs premiers rangs tombent percés de coups; ceux qui les remplacent éprouvent le même sort. Les Grecs, pressés les uns contre les autres, et couverts de grands boucliers, présentent un front hérissé de longues piques. De nouvelles troupes se succèdent vainement pour les rompre. Après plusieurs attaques infructueuses, la terreur s'empare des Mèdes ; ils fuient, et sont relevés par le corps des dix mille Immortels que commandait Hydarnès. L'action devint alors plus meurtrière. La valeur était peut-être égale de part et d'autre; mais les Grecs avaient pour eux l'avantage des lieux et la supériorité des armes. Les piques des Perses étaient trop courtes, et leurs boucliers trop petits; ils perdirent beaucoup de monde, et Xercès,

témoin de leur fuite, s'élança, dit-on, K

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