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qui jouent un rôle primordial. Malgré la suspension de la frappe, le métal blanc a encore trouvé un emploi monétaire considérable et les statistiques de la frappe que donnent MM. Lexis, de Foville, Preston, sont bien instructives. Chemin faisant, M. Helfferich fait justice d'une des plus audacieuses assertions des bimétallistes. Ceux-ci s'essaient à corriger l'histoire, comptant sur la badauderie et l'ignorance : ils prétendent, par exemple, que l'étalon d'or a été adopté furtivement aux États-Unis en 1873, sans que personne ait su ce dont il s'agissait et sans que la mesure ait été discutée. Or aux États-Unis, dès 1867, des hommes d'État avaient déclaré ouvertement que le maintien du double étalon est une impossibilité, notamment M. Ruggles, qui avaient représenté les États-Unis en 1867 à la conférence de Paris,M. Sherman, et M. Kelley lui-même avaient proposé, en 1868, de prendre l'or comme base du système monétaire. La loi votée en 1873,a été présentée en 1870, elle a été votée d'abord par le Sénat en 1871, puis en 1872, par 110 contre 13, par laChambre des représentants : en 1873, elle fut acceptée à l'unanimité par le Sénat. Cette loi limitait à cinq dollars la force libératoire de l'argent. M. Helfferich complète son intéressante étude monétaire par un résumé de la réforme autrichienne et de la réforme russe. La théorie bimétallique n'a rien de scientifique, et de plus les faits lui ont toujours infligé les démentis les plus cruels. Toutes les tentatives artiticielles de réhabiliter l'argent, auquel personne ne songe à refuser le rôle secondaire de monnaie d'appoint, semblent condamnées à l'échec.

ARTIIUR RAFFALOvIcH.

LEs sCIENCEs socIALEs EN ALLEMAGNE. LEs MÉTHoDEs ACTUELLEs, par C. BoUGLÉ, in-16. Félix Alcan, Paris, 1895.

Les Allemands attachent une importance capitale à la question de méthode dans les sciences sociales ; ils en ont déjà imaginé — il serait peut-être plus exact de dire qu'ils ont cru en imaginer — plusieurs, et l'on ne voit pas qu'il en soit sorti de doctrines nouvelles bien lumineuses ; mais ils ne se découragent pas : ils renversent les méthodes qu'ils ont élevées au pinacle, en mettent d'autres à la place, les renversent encore, et ainsi de suite ; c'est le massacre des innocents.

On a commencé par reprocher aux anciens économistes d'avoir employé la méthode déductive. Cela ne vaut rien, c'est la méthode inductive qui seule peut donner de bons résultats. Ensuite on s'est aperçu que la méthode inductive conduisait au matérialisme et que le matérialisme

engendrait beaucoup de maux sociaux. Arrière donc le matérialisme et l'historisme qui l'engendre par induction ; il nous faut une nouvelle méthode et cette méthode doit être spirituelle ou plutôt spiritualiste, psychologique tout au moins.

C'est cette nouvelle méthode qui est à la mode aujourd'hui et c'est elle que M. Bouglé expose en analysant les ouvrages de ses quatre principaux champions : Lazarus pour la psychologie des peuples ; Simmel pour la science de la morale, Wagner pour l'économie politique, et von Jhering pour la philosophie du droit. Après avoir donné le résumé des idées de ces auteurs, M. Bouglé, dans une conclusion, compare le mouvement sociologique d'Allemagne au mouvement français, qui s'inspire largement des méthodes germaniques, ce dont nous ne lui faisons pas compliment pour beaucoup de raisons.

D'abord, il est illusoire d'attacher une si grande importance à la méthode. La méthode n'est qu'un outil; or, le meilleur outil du monde ne fait jamais que de médiocre ouvrage dans la main d'un mauvais ouvrier. Ensuite, il est faux que les anciens économistes n'aient connu et pratiqué que la méthode déductive, qu'ils aient ignoré l'histoire, méprisé les faits. S'il fallait une preuve après tant d'autres de l'inanité de cette imputation, nous la trouverions dès le commencement du livre de M. Bouglé: à la page 2, on reproche à Hegel le mépris des faits; et au bas de la page 3, on observe que « le système de Hegel ne fait souvent que transposer en formules métaphysiques ses connaissances historiques ».

L'école dite inductive ne s'est pas plus bornée à l'induction que son ainée à la déduction. On n'a jamais vu tant de déductions et d'hypothèses gratuites que dans les élucubrations de cette école, et qu'en estil sorti ? du bruit.

La nouvelle méthode conduira-t-elle à de meilleurs résultats ? On trouve que les sciences sociales ont trop subi l'influence des sciences naturelles : on veut rattacher les phénomènes sociaux, « non aux phénomènes biologiques, ce qui ne fournit que des analogies superficielles, mais aux phénomènes psychologiques, ce qui peut fournir des rapports de causalité ». Il faut, dit Lazarus, que la psychologie se transforme elle-même et, d'individuelle qu'elle restait, se fasse sociale. Il faut, si l'on veut éviter les erreurs du xville siècle et garder en même temps de la psychologie ce qui est nécessaire à l'histoire, « passer de la philosophie du moi à la philosophie du nous, et constituer une psychologie sociale dont les lois éclaireraient l'histoire des peuples, la biographie de l'humanité, comme les lois de la psychologie individuelle éclairent la biographie des individus »,

Mais pour constituer cette psychologie sociale, pour passer du moi au nous, il faut sans doute connaitre le moi. Quelle idée s'en fait la jeune école ? Si nous voulons, dit le même Lazarus, expliquer la forme comme le contenu d'un esprit individuel, nous devrons partir de l'ensemble : « Logiquement et chronologiquement, la société précède l'individu... ceux qui, par hasard, ont été dès l'enfance privés de son concours, n'ont jamais pu atteindre aux plus humbles privilèges de l'esprit. L'esprit est l'ouvre commune de la société... L'individualité est um produit de l'histoire. »

Sans nous arrêter à dire que l'esprit est l'auvre de la société comme Je végétal est le produit de la terre, à condition qu'on y sème la graine, nous voyons que, dans l'esprit ténébreux de Lazarus, le moi doit éclairer le nous, et le nous, qui n'est pas éclairé, éclairera le moi. Allons nous reconnaître dans ces contradictions.

M. Bouglé rectifie, dans sa conclusion, plusieurs erreurs de la nouvelle école; il constate qu'une psychologie sans observation intérieure est inféconde ou même impossible. S'il en est ainsi d'une psychologie individuelle, à plus forte raison d'une psychologie sociale ; car l'observation intérieure est impossible en psychologie sociale. Il faut aller de l'individu à la société et non de la société à l'individu, comme on le pripose. L'école psychologique ne nous enseignant rien de nouveau – sauf des erreurs — en psychologie individuelle, nous pouvons être sus qu'il n'y a rien à espérer d'elle en psychologie sociale.

ROUXEL.

L'INDUSTRIE DU SUCRE DEPUIS 186) (1860-1890), par B. DUREAL', in-8°. Paris,

Bureaux du Journal des fabricants de sucre, 1894. L'industrie du « miel sans abeilles » est devenue d'une grande importance, mais ce n'est pas sans peine, et il est curieux de suivre son développement et les obstacles qu'elle a eu à surmonter pour parvenir à son état actuel. Quoique le présent volume traile la question spécialement depuis 1860, dans une introduction assez détaillée, l'auleur donne l'historique des temps antérieurs. Les origines étant ce qu'il y a de plus utile à connaître dans le développement des choses, nous allons donner une petite analyse de cette introduction.

C'est en 1747 que le chimiste prussien Margraff présenta son mémoire sur le sucre de betterave à l'Académie de Berlin ; mais ce ne fut qu'en 1797 qu'un autre Berlinois, qui pourrait bien être Français d'origine, Achard, mit la main à læuvre, cultiva de la betterave et en fabriqua du sucre. Achard publia le résultat de ses travaux en 1797 et, en 1799, les Annales de chimie contenaient une lettre de ce savant

dans laquelle il donnait la description des procédés qu'il suivait alors pour la fabrication du sucre de betterave, en même temps qu'il faisait connaître son prix de revient et insistait sur les avantages agricoles que procurait la nouvelle industrie. Sans intervention du gouvernement la sucrerie prit un développement remarquable : « Le progrès de la fabrication de 1825 à 1836 avait été très sensible : 436 fabriques existaient dans 37 départements. La jachère avait disparu partout où des établissements s'étaient fondés. Le département du Nord qui, en 1815, ne cultivait que 94.000 hectares de blé, en avait 115.000. Les résidus de la betterave fournissaient une nourriture abondante et appréciée . » Les gouvernants, qui s'imaginent toujours que, dès que l'on gagne sa vie sans se plaindre, on roule sur l'or, s'empressèrent de soumettre cette nouvelle industrie à l'impôt et à l'exercice. Le résultat ne se fit pas attendre : « 166 fabriques ne purent supporter l'impôt, et la production qui, en 1838, avait atteint 49 millions, tomba en 1840 à 22 millions de kilogr. » Bien en tendu les fabriques survivantes ajoutèrent l'impôt à leurs factures et le consommateur resta le dindon plus que jamais, puisqu'il fut obligé de payer les fonctionnaires chargés d'appliquer le régime fiscal et de prévenir ou punir la fraude. « Les réglements édictés de 1836 à 1852, dit M. Dureau, pour déterminer l'application du régime fiscal dans les sucreries de betterave, sont véritablement draconiens Les fabricants de sucre, soumis à une foule d' exigences et de vexations contraires à leur dignité et à la liberté du travail, se voyaient atteints jusque dans leur foyer domestique. La surveillance de la régie était incessante, et les usines étaient ouvertes de jour et de nuit aux employés de l'administration. Nulle communication intérieure ne pouvait exister entre la fabrique et la maison d'habitation, et l'industriel ne pouvait entrer dans le magasin à sucre, examiner, goûter ou montrer ses produits sans en avoir fait ouvrir la porte par le fisc et être accompagné d'un employé de la régie. Les fabriques étaient grillées comme des couvents, et les mailles des grillages avaient un diamèt1e déterminé pour retenir rigoureusement le sucre qui aurait pu s'en échapper. Les fabricants de sucre étaient constamment tenus en suspicion : la régie, supposant toujours la fraude, les traitait comme des prévenus. » Ne se dirait-on pas en pays sauvage ? Non ! jamais les chefs de hordes n'ont établi de pareils réglements et, d'ailleurs, leurs sujets ne sont pas assez « civilisés » pour les supporter. Le régime de la sucrerie a changé depuis lors. La loi de 1884 surtout, que M. Dureau considère comme la perfection du genre, a produit d'heureux résultats.

« L'industrie du sucre, dit l'auteur, n'a réalisé de progrès vraiment considérables que sous l'influence de la législation fiscale qui la régit actuellement. » Il serait peut-être plus exact de dire que cette législation se borne à ne plus empêcher les progrès ; mais n'insistons pas.

Les progrès réalisés consistent dans la diminution des frais de fabrication, économie de main-d'œuvre, économie de combustible, rapidité du travail, etc. Dans les anciens comptes de fabrication, nous voyons, par exemple, figurer la betterave pour le prix de 18 francs rendue à l'usine, et les frais de fabrication y entrer pour une somme égale, d'où une dépense totale de 36 francs par 1.000 kilogrammes de racines mises en œuvre. La betterave est payée aujourd'hui de 26 à 28 francs au moins, et comme les frais de fabrication sont de 10 à 12 francs, la dépense totale reste à peu près ce qu'elle était il y a trente ans. Quant au produit en sucre, il a progressé de 5 à 10 p. 100, mais le prix de vente s'est abaissé de 70 à 35 francs.

M. Dureau fait des væux pour que l'industrie sucrière française jouisse longtemps de ce régime et pour que nos législateurs comprennent que le système d'impôt inauguré en 1884 est le dernier mot de la question.

ROUXEL.

AVANTAGES ET RECETTES A ATTENDRE DU CANAL DES Deux-MERS DEVENU CANAL MARITIME, par le général d'Elloy, br. in-8°. Feret et fils, Bordeaux, 1895.

La question du canal maritime reliant la Méditerranée à l’Atlantique à travers le Languedoc et la Gascogne revient de temps à autre en discussion. Ceux qui voudront la reprendre désormais auront fort à faire pour réfuter les arguments contre ce canal présentés dans la brochure que nous avons sous les yeux, car ils sont nombreux et pressants. Laissant de côté les considérations techniques, non pos qu'elles soient de peu d'importance, mais parce qu'elles ne sont pas de notre compétence, nous allons résumer les principales objections économiques et financières.

Considéré au point de vue du transit ou de la navigation intérieure, le canal projeté doit offrir au moins un des trois avantages ci-après : économie de temps ; économie d'argent; diminution des risques. Or, d'après les calculs du général d'Elloy pour tous les canaux maritimes, le canal des Deux-Mers vient en queue de la liste, comme procurant une économie de temps qui varie entre 1/10 et 1/24 de la durée de la traversée. Cette économie, qui peut varier entre six et quarante-huit

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