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heures sur le passage par Gibraltar, disparaitrait même le jour où les vapeurs fileraient de 16 à 18 næuds.

L'économie d'argent dépendra du coût du passage par le canal. Comparant ledit canal à celui de Suez et à celui de Kiel, on arrive à cette conclusion : ou économie nulle pour les navires, ou recettes nulles pour le canal. Quant au risque, on ne pourra l'apprécier qu'à l'usage ; mais actuellement le risque « Gibraltar » ne donne lieu à aucune surprime. Mais on ne peut dire qu'il en sera de même du risque par un canal-ascenseur. »

Si l'on considère ce canal comme entreprise financière, il ne paraît pas appelé à donner d'énormes dividendes. M. d'Elloy calcule le capital engagé dans sa construction, les frais d'entretien et d'exploitation, et, d'autre part, les recettes probables au transit et à la navigation intérieure, et il arrive à trouver : pour les premières années, un déficit de plusieurs millions; après dix ans, le bénéfice approche de deux millions; après vingt ans, il serait peut-être d'une quinzaine de millions, soit moins de 1 p. 100 du capital.

En résumé, le canal des Deux-Mers n'aurait, comme voie de transit, qu'une importance fort restreinte ; il constitue une voie trop coûteuse pour la navigation intérieure ; pendant un nombre d'années qu'il n'est pas possible de limiter, même approximativement, les recettes seront insuffisantes pour couvrir les frais d'entretien et d'exploitation

On invoque un autre motif : l'intérêt de la défense nationale ; mais le général d'Elloy s'abstient de traiter ce côté de la question. « Même dans le cadre de réserve, un officier général ne saurait publier son appréciation sur un sujet de cette nature sans y être autorisé par le ministre de la guerre. » Il se borne à observer qu'une flotte anglaise se trouverait immobilisée devant le débouché du canal sur l'Atlantique « comme un chat qui attend la souris à la sortie de son trou ».

La brochure du général d'Elloy se vend au profit de la salle d'asile en voie de formation à Taussat (Gironde). Les acheteurs auront ainsi le double avantage de lire et de faire une bonne æuvre.

ROUXEL.

ASSOCIATION DES MAITRES DE FORGES DE CHARLEROI. RAPPORT GÉNÉRAL SUR

LA SITUATION DE L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE EN 1894. In-8°, imp. HenryQuinet, Charleroi, 1895,

L'emploi du fer a pris de grands développements de nos jours, le bois n'est presque plus employé dans les constructions navales; en ce qui concerne les voiliers, il n'entre plus en ligne de compte que pour

1,6 p. 100, tandis que l'acier et le fer y interviennent, le premier pour 97,9 p. 100 et le second pour 0,5 p. 100.Dans la construction des steamers, la production métallique est encore plus forte : 98,6 p. 100 pour l acier, 1,2 p. 100 pour le fer et 0,2 p. 100 pour le bois. Dans les constructions urbaines, le fer remplace aussi de plus en plus le bois pour la charpente, en attendant que le verre remplace les pierres pour la maconnerie. Si le fer et l'acier sont largement employés, ils sont aussi largement produits. Les développements pris par leur production tiennent à deux causes principales : 1° les perfectionnements introduits dans la fabrication qui font que les hauts fourneaux sont obligés de produire en grande quantité afin de diminuer les frais et le prix de revient. Si le libre-échange existait, il s'établirait le nombre nécessaire de hauts fourneaux, dans les lieux et les conditions les plus économiques, c'est-à-dire à proximité des matières premières et des voies de communication, et l'équilibre s'établirait et se maintiendrait entre la demande et l'offre des produits métallurgiques. Mais du système protecteur il résulte que chaque nation veut produire son fer, son blé, etc. C'est là la seconde cause de l'augmentation de production et la seule cause assignable de la surproduction dont les métallurgistes de tous les pays se plaignent, tout en continuant de surproduire. Le Rapport que nous avons sous les yeux constate, en effet, que la production augmente,malgré la baisse continue des prix. De tous côtés les usines se multiplient. « Il y a vingt ans, une seule usine produisait un peu d'acier sur sole en Ecosse. Le nombre de ces établissements s'élève actuellement, pour l'Ecosse seule, à une dizaine dont les moins importants produisent 50.000, 60.000, 65.000, 70.000, et les plus importants de 130.000 à 140.000 tonnes par an. La production écossaise pour 1895 est évaluée à plus de 1 million de tonnes. Quant à la production pour l'ensemble du royaume et pour la même année, on l'estime à plus de 3 millions de tonnes.» Un mouvement analogue se manifeste non seulement en France, en Belgique, en Allemagne, mais aux États-Unis, en Italie, Espagne, Autriche-Hongrie, Russie, Inde, Japon, Chine, Mexique, Chili. Sous prétexte d'enrayer la surproduction, l'Allemagne a établi des syndicats ; mais « malgré la réduction de production imposée par les syndicats, celle-ci a haussé, grâce aux perfectionnements apportés dans les installations. Elle a passé de 4.953.148 tonnes en 1893 à 5.559.322 tonnes en 1894 ». Pour trouver le placement de cette surabondance de produits, l'Allemagne a imaginé un moyen aussi ingénieux que profitable... aux étrangers : le prix de vente pour l'exportation est de 20 p. 100 au-dessous du prix dans le pays même ; « chose plus grave encore pour les

consommateurs indigènes, les syndicats ont livré les meilleures marqués à leurs acheteurs étrangers. Si bien que les lamineurs allemands payaient le plus cher et recevaient les moins bonnes qualités ». Si l'on ajoute à cela que l'industrie allemande a su utiliser les scories 1 et réduire d'autant ses frais de production, on comprendra que son exportation augmente. En effet, de 1.130.747 tonnes en 1892, et de 1.209.321 en 1893, elles ont atteint 1.436.440 en 1894.

« J'ai visité l'année dernière dit M. Monks, les Indes, la Chine, le Japon, l’Australie, et j'ai eu le regret de constater que la situation était encore plus grave qu'on ne me l'avait dépeinte. On trouve partout de l'acier allemand au même prix que le fer anglais. » L'Allemagne en est-elle plus riche et moins socialiste ? Il est permis d'en douter.

La Belgique suit de près l'Allemagne. Le rapport cite des cas où des Anglais, ayant reçu des commandes, ont été obligés de les faire exécuter en Belgique après s'être adressés en vain aux maîtres de forge anglais; M. Monks déjà cité, dit que le fer belge se vend 24 fr. 60 meilleur marché par tonne que le fer anglais. Tout n'est pourtant pas pour le mieux en Belgique. Le Rapport se plaint des tarifs des chemins de fer de l'Etat belge et demande des modifications.

Il trouve aussi que le gouvernement fait trop les yeux doux au socialisme. Les concessions que l'on fait aux socialistes n'aboutissent qu'à les rendre plus exigeants, plus audacieux, plus insolents. Au nombre de ces concessions il faut placer la création récente du ministère de l'Industrie et du travail, « rouage coûteux dont les dépenses s'élèvent pour le premier exercice à 2.671.965 francs, dont 852.152 francs pour frais d'éclosion; rouage inutile, l'ancienne organisation n'ayant jamais donné lieu à la moindre plainte et suffisant, en effet, à assurer tous les services ; rouage dangereux, s'il faut en juger par les mesures qui viennent d'être prises. ».

Les mesures auxquelles fait allusion le Rapport, peuvent se résumer en ce que les industriels sont traités en suspects, presque en accusés, par les bureaucrates du nouveau ministère de l'Industrie et du Travail. Ces fonctionnaires peuvent être très honorables, mais ils sont très incompétents; ils ignorent la vie industrielle, ils sont incapables d'apprécier les conditions suivant lesquelles elle subsiste, parce qu'ils n'ont jamais approché l'industrie.

L'Angleterre est-elle donc vaincue sur le terrain de la production métallurgique ? Il est incontestable que ses exportations diminuent.

M. Jeremiah Lyon, de Londres, bien connu comme l'un des princi

· 1 En treize ans, le prix des scories de forges s'est élevé en Allemagne de 3 fr. 75 à 20 fr. 60 la tonne.

paux exportateurs de produits sidérurgiques aux Indes, ayant été sollicité par le secrétaire de la British iron trade Association, de faire connaître son opinion sur les causes de cette diminution, a montré d'abord que, sauf quelques légères fluctuations, les importations annuelles de produits sidérurgiques aux Indes, pendant la dernière pé. riode décennale, étaient restées à peu près les mêmes, soit d'environ 180.000 à 190.000 tonnes, et a fait ensuite ressortir les changements survenus, pendant cette période, dans la provenance des produits importés. Tandis qu'il y a dix ans, le Royaume-Uni était le fournisseur presque exclusif de l'empire des Indes, la Belgique et l'Allemagne ont fourni, en 1893, plus de la moitié des fers et des aciers consommés dans ce pays.

Une correspondance adressée de Buenos-Ayres à l'iron monger indique, entre autres facteurs qui ont contribué à la diminution des exportations anglaises de fer, acier et quincaillerie, la suspension partielle des affaires avec les républiques sud-américaines. « Trois de nos plus importants clients dans l'Amérique du Sud, le Chili, le Brésil et la République Argentine ont, par suite de révolutions, subi des pertes énormes qui ont restreint leur crédit à l'étranger. »

D'une enquête ouverte par le journal The iron and coal Trades review sur l'état actuel de la métallurgie anglaise, il résulte qu'« il y a unanimité pour constater que la concurrence étrangère a été un des facteurs sérieux des causes de la situation dont se plaint actuellement l'industrie anglaise ».

A qui la faute si la métallurgie anglaise est moins prospère que celle de ses deux concurrentes l'Allemagne et la Belgique ? Quelques-uns l'attribuent au régime protecteur des autres pays, et ils en concluent que le gouvernement anglais devra, « par une nouvelle revision de ses traités de commerce, chercher à parer aux difficultés que crée aux producteurs anglais le protectionnisme de certains pays continentaux, lequel, sans faire de bien à ces pays, fait assez de mal à l'Angleterre ».

Il est certain qu'un pays protectionniste nuit aux autres, puisqu'il refuse, en tout ou en partie, leurs produits et que, réciproquement, il leur refuse les siens. Mais si le protectionnisme ne fait pas de bien aux pays protégés, ce qui est trop peu dire, comment en fera-t-il å l'Angleterre ?

Le Rapport des maîtres de forges de Charleroi ne partage pas la manière de voir des protectionnistes anglais, et il croit voir la cause de la crise du fer en Angleterre dans la hausse excessive des salaires des ouvriers qui a eu lieu en ces derniers temps. Si cette cause n'est pas la seule, elle est du moins une des plus influentes, et les heureux concurrents du Royaume-Uni feront sagement, comme le leur conseille le Rapport, de viser plus à faire baisser le prix des denrées qu'à faire hausser nominalement les salaires.

Le Rapport que nous avons sous les yeux contient aussi des considérations importantes sur le commerce général des divers pays ; sur les assurances ouvrières en Allemagne, qui ne donnent pas des résultats aussi satisfaisants qu'on le desirerait ; sur la production de l'or; et, le morceau principal, les statistiques de l'industrie métallurgique en 1394 pour la Belgique, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France et les Etats-Unis. A nos lecteurs de remonter à la source pour ces détails, s'ils en ont besoin.

ROUXEL.

L'or a MINAS GERAES (Brésil), par M. PauL FERRAND, 2 vol. in-8°, Ouro

Preto, imprensa official, 1894. Les mines générales du Brésil, si étendues qu'elles forment à elles seules un État, ont eu beaucoup de peine, grâce à la protection de la métropole, à entrer en exploitation lucrative. Vers 1572, on découvrit de nombreux gisements de pierres précieuses dans la capitainerie de Porto-Seguro, sur les confins de la capitainerie d'Espirito Santo. Plus tard on y découvrit des mines d'or noir, d'où le nom de l'ancienne capitale : Ouro (or) preto (noir); mais les exploiteurs de ces mines furent tellement exploités par leur gouvernement, qu'ils furent toujours misérables comme des mineurs et qu'ils finirent par renoncer à leur industrie.

Chaque mineur, dit M. Ferrand, était obligé de remettre aux officiers royaux les pépites et la poudre d'or qu'il recueillait; ceux-ci en prélevaient la cinquième partie, d'où le nom de quint que l'on donnait à cet impôt. Il me semble vaguement me souvenir qu'il y avait un second quint de prélevé, ou l'appelait requint, mais peut-être ma mémoire me trompe-t-elle, car M. Ferrand n'en fait pas mention.

Quoi qu'il en soit, les mineurs, dans l'impossibilité de vivre en payant le quint, abreuvés de vexations et d'impôts, finirent par abandonner peu à peu leurs travaux, « Les mines qui, au commencement du dernier siècle, étaient dans un état de plus en plus florissant, ne tardèrent pas à péricliter au point de tomber vers la fin en complète décadence. C'est ainsi qu'au temps où les mines étaient en pleine prospérité, vers l'année 1750, le nombre des travailleurs qui étaient occupés au travail des mines s'élevait à plus de 80.000, tandis qu'en 1820 il y avait à peine 6.000 personnes employées à l'extraction de l'or. Alors que le quint donnait 1.170 kilogrammes d'or en 1750, il n'en donnait plus que 570 en 1799 et seulement 105 en 1819. » Voilà comment le quint tua la poule aux æufs d'or.

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